Rétablissement partiel après 88 jours de coupure

Les autorités iraniennes ont partiellement rétabli l'accès à Internet mardi, mettant fin – au moins en partie – à une coupure nationale qui aura duré 88 jours. Cette interruption, la plus longue de l'histoire moderne pour un pays entier, avait été imposée fin février dans le contexte de la guerre opposant l'Iran à Israël et aux États-Unis.

Selon l'observateur Netblocks, les mesures en direct montrent un rétablissement partiel de la connectivité. L'organisation précise qu'il n'est pas encore clair s'il s'agit d'une fin définitive de ce qu'elle qualifie de « plus longue coupure nationale d'Internet de l'histoire moderne ».

Le vice-président Mohammad Reza Aref a annoncé sur X que « le premier pas vers un accès libre et réglementé au cyberespace a été franchi », ajoutant que les demandes des Iraniens « seront satisfaites ». L'agence de presse officielle IRNA et l'agence Fars ont affirmé que « la connectivité Internet internationale complète a été restaurée » pour les utilisateurs de lignes fixes, une information qui n'a pas été confirmée par Netblocks.

Accès mobile toujours coupé

Sur le terrain, la situation est contrastée. Des témoins à Téhéran et dans l'ouest du pays rapportent que l'accès à Internet par Wi-Fi domestique fonctionne à nouveau dans plusieurs secteurs, mais que la connexion mobile (données cellulaires) reste inaccessible. De nombreux Iraniens doivent encore utiliser des VPN pour accéder à certains réseaux sociaux et sites étrangers.

« Il y a quelques minutes, j'ai pu ouvrir des sites internationaux avec mon fournisseur d'accès fixe », raconte une jeune femme de 22 ans à Kermanshah, qui a requis l'anonymat. Un utilisateur de Téhéran confie que le service Internet de son entreprise a été rétabli, mais que « la connexion mobile est restée la même », sans aucun accès. D'autres signalent que l'accès général reste extrêmement irrégulier selon les quartiers.

Un long chemin vers la normale

Doug Madory, responsable de l'analyse Internet chez Kentik, une société américaine de surveillance des réseaux, appelle à la prudence. « L'Iran a un long chemin à parcourir pour revenir aux niveaux de trafic antérieurs au 8 janvier », écrit-il sur X, référence à une précédente coupure intervenue en janvier lors de vastes manifestations antigouvernementales.

Cette première coupure, qui avait duré plusieurs semaines, visait selon des activistes à masquer l'ampleur de la répression des manifestations, qui aurait fait des milliers de morts selon des organisations de défense des droits humains, et à prévenir de nouveaux rassemblements.

Tensions politiques internes

Le rétablissement partiel intervient dans un climat politique tendu à Téhéran. Le président Masoud Pezeshkian, considéré comme un modéré, souhaitait depuis plusieurs semaines lever une mesure très impopulaire et économiquement dommageable. Mais le président n'a pas le dernier mot sur ces questions.

Yaghoub Rezazadeh, membre de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a déclaré au quotidien Hamshahri que la décision finale « appartient au Conseil suprême de sécurité nationale », dirigé par le conservateur Mohammad Bagher Zolghadr.

Par ailleurs, le pouvoir judiciaire a suspendu mardi un organe présidentiel tout juste créé qui avait ordonné le rétablissement de l'Internet. Cette « Cellule spéciale pour l'organisation et la gouvernance du cyberespace du pays » avait été formée le 12 mai par Pezeshkian. Elle avait pris lundi la décision de « restaurer l'Internet », selon la porte-parole du gouvernement Fatemeh Mohajerani, après que les médias locaux eurent rapporté un décret présidentiel en ce sens.

Le rôle du Guide suprême

Le Guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n'est pas apparu en public depuis la mort de son père et prédécesseur Ali Khamenei au début de la guerre, reste en théorie la figure numéro un du pays. Son avis pèse sur toutes les décisions stratégiques, y compris celles concernant l'accès au réseau mondial.

Certains Iraniens ont exprimé leur joie sur les réseaux sociaux face à ce retour partiel de la connectivité. « YouTube sans VPN !!! Oh mon Dieu, est-ce que je rêve ? », écrit un internaute sur X. « Bonjour mon cher Twitter », réagit un autre, utilisant l'ancien nom de la plateforme.

Ce rétablissement partiel laisse entrevoir une possible normalisation progressive, mais il est encore trop tôt pour dire si l'accès complet sera restauré et à quel rythme. Les regards sont tournés vers le Conseil suprême de sécurité nationale et le Guide suprême pour décider des prochaines étapes.

Conséquences économiques et sociales

Pendant ces trois mois, seuls un intranet national et quelques services essentiels (achats, VTC, éducation) étaient accessibles, plongeant l'économie iranienne dans une paralysie numérique qui a touché les entreprises, les travailleurs indépendants et les étudiants. Les activités dépendant des plateformes internationales ont été particulièrement affectées. Le débat sur l'équilibre entre sécurité et liberté numérique demeure vif au sein des instances dirigeantes.