Le procureur général du Texas, Ken Paxton, a remporté mardi soir une victoire éclatante contre le sénateur sortant John Cornyn lors du second tour de la primaire républicaine pour le Sénat américain. Ce scrutin, qui s'annonçait serré selon les sondages, marque un tournant dans la vie politique texane, écartant un poids lourd du Congrès après 23 ans de service, dont 12 années passées dans les hautes sphères de la direction républicaine au Sénat.
Une campagne record et un basculement annoncé La course a battu le record de la primaire sénatoriale la plus coûteuse de l'histoire des États-Unis. Bien que Paxton ait été largement distancé financièrement – selon certaines estimations, Cornyn a dépensé neuf fois plus que son adversaire – le procureur général a su capitaliser sur le soutien de la base populiste du Parti républicain. Depuis plusieurs semaines, les observateurs anticipaient son succès, et Paxton a déjà commencé à pivoter vers l'élection générale en diffusant des publicités télévisées attaquant son futur adversaire démocrate, le représentant d'État James Talarico, le qualifiant d'«extrémiste de gauche».
L'endossement tardif de Trump, signe d'une dynamique de base Le président Donald Trump, qui avait hésité à soutenir l'un des deux candidats, a finalement apporté son appui à Paxton la semaine dernière, jugeant Cornyn «très déloyal» sur les réseaux sociaux pour ne pas avoir suffisamment défendu sa réforme du droit de vote. Pourtant, le choix de Trump semble avoir suivi, plutôt que précédé, le mouvement de sa base. Cornyn, fidèle loyaliste républicain durant tout son mandat, avait pourtant vanté ses liens avec le président. Mais Paxton a fait campagne en dépeignant Cornyn comme trop âgé (74 ans), trop timide, trop aligné sur l'establishment et déconnecté des conservateurs texans.
Comparaisons avec la Louisiane et analyse d'une vague populiste Cette défaite survient dix jours seulement après celle du sénateur de Louisiane Bill Cassidy, qui n'a même pas atteint le second tour de sa propre primaire, devancé par deux challengers républicains. Tous deux étaient confrontés à des candidats soutenus par Trump. Mais contrairement à Cassidy, qui avait voté pour condamner Trump lors de son procès en destitution de 2021, Cornyn était resté fidèle au président. Les analystes voient dans ces deux revers l'expression d'une même tendance : la base républicaine reste avide de conservateurs populistes et se méfie des figures de Washington, même lorsque celles-ci sont loyales.
Autres scrutins marquants au Texas Plusieurs autres courses notables se déroulaient également mardi. Dans la course à l'investiture républicaine pour le poste de procureur général (que Paxton quitte), le représentant Chip Roy, pourtant un conservateur fiscal, a été battu par le sénateur d'État Mayes Middleton. Trump n'avait pas pris parti dans cette élection.
En revanche, l'influence de Trump s'est manifestée dans d'autres circonscriptions : dans le 9e district, l'ancien militaire Alex Mealer, soutenu par Trump, a vaincu le représentant d'État Briscoe Cain, qui bénéficiait de l'appui du gouverneur républicain Greg Abbott. Dans le 35e district, le candidat de Trump, Carlos De La Cruz, a également devancé celui d'Abbott, John Lujan.
Chez les démocrates : un candidat controversé évité Du côté démocrate, dans le 35e district, l'adjoint du shérif Johnny Garcia a battu Maureen Galindo, une sexothérapeute peu connue. Galindo, arrivée légèrement en tête au premier tour, avait suscité une controverse nationale en suggérant que les sionistes américains devraient être détenus dans des camps de rétention pour immigrants. Sa campagne aurait été partiellement financée par un groupe d'orientation conservatrice. Plusieurs démocrates, dont les représentants Josh Gottheimer du New Jersey et Jared Moscowitz de Floride, avaient menacé de forcer des votes quotidiens pour l'expulser du Congrès si elle était élue. La victoire de Garcia permet au Parti démocrate d'éviter de nommer une candidate clivante dans un district potentiellement gagnable.
Redécoupage et affrontements entre élus sortants D'autres primaires démocrates opposaient d'anciens ou actuels membres du Congrès, conséquence du redécoupage des circonscriptions législatives par la législature contrôlée par les républicains l'an dernier, visant à accroître le nombre de sièges de la Chambre pour leur parti. Dans le 18e district centré sur Houston, le représentant sortant Christian Menefee, âgé de 38 ans, a battu Al Green, 78 ans, qui était au Congrès depuis 2005. Green avait bâti une réputation de libéral fougueux ; il avait été expulsé des deux derniers discours de Trump au Congrès.
Perspectives pour novembre Paxton affrontera donc James Talarico lors de l'élection générale de novembre. Ce scrutin sera déterminant pour le contrôle du Sénat américain pendant les deux dernières années du mandat de Donald Trump. De nombreux démocrates voient en Paxton un adversaire plus vulnérable que Cornyn et espèrent conquérir un siège dans un État où aucun démocrate n'a été élu au Sénat depuis 1988. Cependant, le Texas reste un bastion républicain et la victoire de Paxton, bien que marquante, ne garantit pas un basculement.