L'administration Trump vient de porter un nouveau coup à la régulation des « polluants éternels ». L'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a annoncé la semaine dernière son intention de supprimer les limites strictes imposées sous la présidence de Joe Biden pour quatre composés Pfas dans l'eau potable, et de retarder la mise en œuvre de ces limites pour deux autres composés. Cette décision représente un recul significatif pour la santé publique, selon des experts et des organisations de défense de l'environnement.

Une « destruction » promise mais inexistante

La conférence de presse organisée par l'EPA a été présentée comme un « événement de destruction des Pfas ». Les responsables de l'administration y ont vanté une « explosion des technologies de destruction » et les investissements de l'agence dans les efforts de l'industrie pour éliminer ces substances chimiques. L'idée sous-jacente est que ces technologies rendraient inutiles les réglementations strictes sur l'eau potable.

Or, selon les experts, le problème est majeur : la technologie permettant de détruire complètement les Pfas n'existe pas. Si des progrès sont réalisés dans le développement de procédés, il est impossible de dire quand, ni même si, ils pourront être déployés à l'échelle industrielle. « C'est exactement la même logique que le captage du carbone pour l'industrie des combustibles fossiles : on promet une solution future pour éviter de réguler aujourd'hui », explique Jamie DeWitt, professeure de pharmacologie à l'université de l'Est de la Caroline et spécialiste des Pfas.

Un parallèle avec le captage du carbone

Plusieurs experts établissent un parallèle entre cette stratégie et celle utilisée par l'industrie pétrolière pour éviter les contraintes sur les émissions de gaz à effet de serre. En misant sur des technologies de destruction non éprouvées, l'administration Trump permettrait à l'industrie chimique de continuer à produire en masse des Pfas tout en repoussant les réglementations sanitaires. Erik Olson, conseiller principal du Natural Resources Defense Council (NRDC), estime que « ce plan est insensé. Il profite à l'industrie au détriment de la santé publique. Les Pfas sont liés à des cancers, des maladies thyroïdiennes, des problèmes de fertilité et bien d'autres pathologies. »

Des entreprises déjà prêtes à exploiter la brèche

Des entreprises comme Clean Earth et Revive Environmental développent des technologies de destruction, mais aucune n'a encore prouvé son efficacité à grande échelle ni sa capacité à traiter l'ensemble des déchets contaminés. Les experts soulignent que même si ces technologies fonctionnaient un jour, elles ne résoudraient pas le problème de la contamination continue liée à la production et à l'utilisation de ces substances. « La solution la plus logique, c'est d'arrêter de produire des Pfas non essentiels et d'imposer des limites strictes dans l'eau potable », insiste Jamie DeWitt.

Un signal dangereux pour la santé publique

Les défenseurs de l'environnement rappellent que les Pfas, surnommés « polluants éternels » en raison de leur persistance dans l'environnement, contaminent déjà l'eau potable de millions d'Américains. L'abrogation des limites fixées par l'administration Biden laissera les communautés sans protection fédérale, les obligeant à se tourner vers des recours juridiques ou à supporter seules le coût de la filtration. L'EPA affirme que les nouvelles technologies de destruction permettront de résoudre le problème, mais sans fournir de calendrier ni de preuve tangible de leur viabilité à grande échelle.

En attendant, l'administration poursuit également l'affaiblissement d'autres réglementations environnementales, ce qui, selon les critiques, aggrave la crise des Pfas plutôt que de la résoudre. Le débat sur la gestion de ces substances chimiques est ainsi loin d'être clos, et les conséquences pour la santé publique pourraient être durables.