Le gouvernement allemand entend renforcer la lutte contre l’usage croissant de drogues du viol (date-rape drugs). La ministre fédérale de la Justice, Stefanie Hubig, a présenté le 13 mai un projet de loi visant à durcir les sanctions pénales pour les agressions sexuelles commises à l’aide de ces substances. Le texte prévoit d’assimiler le viol avec drogues du viol à l’usage d’une arme, ce qui entraînerait une peine minimale de cinq ans d’emprisonnement.

« Les viols commis à l’aide de gouttes anesthésiantes sont particulièrement insidieux et dangereux. Il s’agit d’une violence sexuelle sous une forme particulièrement grave – et elle touche principalement les femmes. Le droit pénal doit y répondre avec fermeté, car une protection efficace contre la violence passe par des sanctions cohérentes », a déclaré Mme Hubig lors de la présentation à Berlin. Elle a ajouté que le gouvernement mise sur un large éventail de mesures, tant en droit pénal qu’au-delà, pour mieux protéger les femmes.

Des victimes sceptiques face à la réforme

Nina Fuchs, fondatrice et présidente de l’association KO – Kein Opfer (KO – Pas de victime), a exprimé un vif scepticisme. Victime d’un viol sous drogues en 2013, elle a vu sa plainte classée malgré des preuves ADN. « J’ai ressenti un mélange de déception et de frustration. Si l’on veut agir, il faut que cela aide et profite réellement aux personnes concernées. Comme d’autres experts, je suis arrivée à la conclusion qu’il s’agit d’une politique symbolique », a-t-elle déclaré.

Selon elle, des peines plus sévères n’ont aucun effet si les condamnations restent rares. « En Allemagne, seulement un viol sur cent environ donne lieu à une condamnation. Pour les drogues du viol, le taux est encore plus bas car les enquêtes sont beaucoup plus difficiles en raison de la courte fenêtre de détection. »

Un défi d’investigation et de sensibilisation

Les substances utilisées sont incolores et inodores. Elles peuvent être versées discrètement dans un verre ou injectées à travers les vêtements à l’aide d’une aiguille. Elles agissent en 10 à 20 minutes, rendant la victime incapable de se défendre, souvent jusqu’à la perte de connaissance. Mais après seulement douze heures, toute trace a disparu du sang ou des urines, ce qui complique considérablement les preuves.

Mme Fuchs déplore que les commissariats ne prélèvent pas toujours rapidement des échantillons d’urine, surestimant la durée de détection des drogues du viol. Elle rapporte que, même en 2026, des femmes sont interrogées pendant six heures sur leur vie privée plutôt que d’être crues. « Une mesure utile serait de former la police et la justice aux violences sexuelles, aux drogues du viol et aux traumatismes. Pour qu’on n’ait plus peur de vivre quelque chose de pire que le crime lui-même en allant porter plainte », insiste-t-elle.

Un phénomène en croissance

Si la prise de conscience a progressé en Allemagne, les signalements d’agressions sous drogues du viol augmentent. Le gouvernement reconnaît la nécessité d’agir, mais le projet de loi est critiqué par des associations d’aide aux victimes qui réclament davantage de moyens pour les enquêtes, une meilleure formation des forces de l’ordre et un accompagnement systématique des victimes. Le texte doit encore être examiné par le Parlement avant d’entrer en vigueur.