Une cartographie inédite des alliances entre géants pharmaceutiques et laboratoires d’intelligence artificielle
Alors que l’intelligence artificielle s’impose dans tous les secteurs, l’industrie pharmaceutique a multiplié les partenariats avec les principaux fournisseurs de modèles de langage (LLM) dits « frontières ». Un travail de recensement, mené jusqu’en mai 2026, a permis d’identifier 27 alliances confirmées entre les grands laboratoires et les trois acteurs dominants du marché : Anthropic (Claude), OpenAI (ChatGPT) et Google (Gemini).
Claude en tête, OpenAI suit, Gemini décroche le contrat le plus lucratif
Selon les données compilées, Anthropic/Claude est le partenaire le plus sollicité, avec 52 % des 27 accords recensés. OpenAI arrive en deuxième position avec 11 partenariats (41 %). Google Gemini ne compte que deux accords, mais l’un d’eux, signé avec Merck, représente le montant le plus élevé jamais divulgué dans ce domaine : un milliard de dollars.
Plusieurs entreprises, au nombre de six, ont choisi de ne pas miser sur un seul prestataire et ont conclu des accords à la fois avec OpenAI et Anthropic, afin de diversifier leurs capacités.
GSK, le choix de l’autonomie
Un seul grand laboratoire se distingue par une stratégie radicalement différente : GSK n’a noué aucun partenariat externe avec les grands fournisseurs de LLM. À la place, l’entreprise développe son propre système d’exploitation basé sur l’IA, baptisé JulesOS, avec ses propres ingénieurs en intelligence artificielle et en apprentissage automatique. Cette décision repose sur plusieurs justifications : réduire les risques d’hallucinations cliniques, protéger la propriété intellectuelle des programmes précliniques (dont la valeur se chiffre en milliards de dollars) et exploiter des ensembles de données de génomique fonctionnelle auxquels les LLM publics n’ont pas accès. GSK constitue ainsi une sorte de groupe témoin « actif » dans ce paysage.
Priorité à la recherche et au développement clinique
L’analyse fonctionnelle des 27 partenariats révèle une répartition très nette : 82 % des accords concernent la recherche et la découverte de médicaments (Research & Discovery). Le développement clinique (Clinical Development) arrive en deuxième position. En revanche, les domaines de la fabrication et du contrôle qualité (CMC) sont beaucoup moins représentés, avec seulement une poignée de contrats.
Cette répartition suggère que l’industrie juge les LLM particulièrement performants dans les phases amont de la chaîne de valeur, notamment pour l’analyse de données biologiques complexes et la modélisation, mais qu’elle les considère encore comme moins adaptés aux étapes de production.
Un territoire stratégique pour l’avenir
Au-delà des 27 accords identifiés, la présence de l’IA dans le secteur pharmaceutique est bien plus vaste. Ce recensement exclut délibérément les collaborations avec des entreprises spécialisées dans la modélisation biologique (telles que Recursion, InSilico, AbSci), les accords de puissance de calcul avec NVIDIA, les nombreuses collaborations académiques et les équipes internes de science des données qui développent leurs propres outils.
Cette cartographie montre que les grands laboratoires commencent à faire des choix stratégiques clairs, certains misant sur un seul fournisseur, d’autres se diversifiant, tandis qu’un acteur (GSK) fait le pari de l’indépendance totale. L’évolution de ces alliances dans les prochaines années pourrait redessiner les rapports de force entre Big Pharma et Big Tech dans la course aux thérapies innovantes.