Une enquête interne au sein de l’élite policière
L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie d’une enquête administrative concernant le numéro deux du RAID, l’unité d’élite de la Police nationale. Le haut gradé est soupçonné de harcèlement sexuel à l’encontre de plusieurs subordonnées, a-t-on appris de sources concordantes.
Selon des informations recueillies auprès de plusieurs agents de l’unité, les faits présumés auraient été commis au sein même des locaux du RAID, situés à Bièvres, dans l’Essonne. Les plaignantes, toutes en situation hiérarchique inférieure, décrivent un comportement répété de nature déplacée, allant de propos à connotation sexuelle à des gestes non consentis.
Ouverture d’une enquête administrative
L’enquête, confiée à l’IGPN – la « police des polices » –, a été ouverte à la suite d’un signalement effectué par la direction de l’unité. Le parquet de Paris a également été informé, mais aucune information judiciaire n’a pour l’instant été ouverte. La procédure administrative en cours pourrait déboucher sur des sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’à la révocation.
Contactée, la direction du RAID n’a pas souhaité faire de commentaire, indiquant que l’affaire était désormais entre les mains de l’IGPN. Le ministère de l’Intérieur, interrogé, a confirmé l’existence de l’enquête sans en préciser les contours, renvoyant aux conclusions de l’inspection.
Un contexte tendu
Cette affaire intervient alors que les forces de l’ordre sont régulièrement pointées du doigt pour des questions de comportement interne, notamment en matière d’égalité femmes-hommes. Plusieurs associations de défense des droits des policières avaient déjà alerté sur des cas présumés de harcèlement au sein d’unités d’élite, sans que des suites concrètes n’aient été données jusqu’à présent.
Le RAID, unité créée en 1985 et spécialisée dans les interventions à haut risque, compte environ 400 membres, dont une très faible proportion de femmes. L’affaire pourrait relancer le débat sur la culture interne de ces unités, où les relations hiérarchiques sont particulièrement marquées.
Des accusations à prendre avec précaution
Les avocats du commandant mis en cause ont dénoncé des accusations « infondées » et annoncé leur intention de contester la procédure. Ils rappellent que leur client bénéficie de la présomption d’innocence et que l’enquête devra établir la matérialité des faits.
Pour l’heure, le haut gradé reste en fonction, aucune suspension n’ayant été prononcée. L’IGPN dispose de plusieurs mois pour rendre ses conclusions, qui pourront éventuellement être transmises à la justice si des éléments suffisamment graves sont retenus.
Des précédents dans les forces de l’ordre
Ce n’est pas la première fois que l’IGPN est amenée à enquêter sur des faits de harcèlement sexuel dans les rangs de la police. Plusieurs affaires récentes, au sein de commissariats ou de compagnies républicaines de sécurité, ont déjà défrayé la chronique et conduit à des condamnations. Toutefois, une enquête visant un cadre aussi élevé du RAID est plus rare et suscite une attention particulière.
La question de la prévention et du traitement des violences sexistes et sexuelles dans la police fait l’objet de travaux parlementaires et de rapports officiels. Le gouvernement a promis des mesures de renforcement des mécanismes de signalement et de protection des lanceurs d’alerte au sein du ministère de l’Intérieur.