La faim progresse aux États-Unis à un rythme alarmant. Une enquête de la Réserve fédérale de New York montre que le niveau d’insécurité alimentaire enregistré en février 2026 dépasse celui observé au pire moment de la pandémie de coronavirus, en 2020. Les données de ce sondage, publiées mercredi, indiquent qu’une part plus importante de la population déclare aujourd’hui sauter des repas, recourir aux dons alimentaires ou dépendre de l’aide fédérale pour se nourrir que durant l’été 2020, lorsque le taux de chômage avait dépassé les 10 %.

La dernière vague de l’enquête, menée en février, a interrogé des milliers de ménages sur leurs difficultés à se procurer de la nourriture. Les réponses collectées dessinent un tableau préoccupant : alors que la crise sanitaire avait provoqué une explosion temporaire de la précarité alimentaire, les chiffres actuels sont encore plus élevés, malgré un taux de chômage officiel bien plus bas. Ce constat a été corroboré par des acteurs de terrain. Amy Breitmann, directrice de la banque alimentaire Golden Harvest à Augusta, en Géorgie, a ainsi témoigné avoir constaté une demande croissante ces derniers mois.

Un phénomène persistant qui interroge

Cette augmentation de l’insécurité alimentaire survient alors que l’économie américaine a globalement repris depuis la pandémie. L’enquête de la Fed de New York mesure régulièrement depuis six ans la proportion de personnes contraintes de sauter des repas ou de solliciter une aide alimentaire. Le pic historique précédent datait de l’été 2020, période marquée par des confinements stricts et une onde de choc économique sans précédent. Or, le niveau observé en février 2026 dépasse ce record.

Les causes de cette aggravation ne sont pas directement détaillées par l’étude, mais la persistance de l’inflation sur les produits alimentaires de base et la fin des programmes d’aide d’urgence instaurés pendant la pandémie pourraient expliquer en partie cette tendance. De nombreuses familles, qui avaient pu compter sur des allocations supplémentaires ou des distributions élargies, se retrouvent aujourd’hui sans filet de sécurité équivalent.

Des conséquences sanitaires et sociales

Au-delà des chiffres, la faim a des répercussions lourdes sur la santé physique et mentale des populations. Des études récentes, notamment menées par des chercheurs en santé publique, ont mis en lumière les « cicatrices » psychologiques et neurologiques laissées par l’insécurité alimentaire, même lorsqu’elle est « cachée » – c’est-à-dire non visible dans les statistiques officielles. Les carences alimentaires peuvent affecter le développement cérébral des enfants et aggraver les pathologies chroniques chez les adultes.

Les banques alimentaires, comme celle dirigée par Amy Breitmann en Géorgie, sont en première ligne. Elles rapportent une affluence record, avec des files d’attente qui s’allongent dans de nombreuses villes. Les distributions, parfois organisées en plein air et par des températures hivernales, attirent plusieurs milliers de familles, témoignant de l’ampleur du phénomène.

Un signal pour les autorités

Ces résultats interviennent dans un contexte politique tendu, alors que le débat sur le budget fédéral et les dépenses sociales est relancé. La hausse de l’insécurité alimentaire pourrait relancer les discussions sur la nécessité de renforcer les programmes d’aide comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), dont les financements ont été réduits ces dernières années. Aucune déclaration officielle de l’administration ni du Congrès n’a été émise en réaction à ces chiffres au moment de la publication de l’enquête.

L’enquête de la Réserve fédérale de New York, véritable baromètre de la précarité, confirme que les séquelles économiques de la pandémie sont plus durables et profondes que ce que les seuls indicateurs macroéconomiques laissent paraître. Pour des millions d’Américains, la reprise économique n’a pas mis fin à la faim.