L'Iran a commencé à restaurer l'accès à Internet pour des dizaines de millions d'habitants, a annoncé un haut responsable mardi, levant ainsi le blackout imposé après le déclenchement des frappes militaires américaines et israéliennes le 28 février.
« Dans le cadre de la mission du président et pour tenir la promesse du gouvernement, le premier pas vers un accès libre et réglementé au cyberespace a été franchi », a écrit sur les réseaux sociaux le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref.
Une coupure sans précédent
Selon NetBlocks, groupe de surveillance de l'internet, les données montrent une « restauration partielle de la connectivité » après 88 jours de coupure, ce qui en fait « la plus longue coupure nationale d'Internet de l'histoire moderne ». Les Iraniens, sur les réseaux sociaux et dans des messages, ont confirmé pouvoir se connecter au réseau mondial après plus de douze semaines d'isolement numérique.
Le gouvernement iranien avait justifié cette coupure par des raisons de sécurité nationale, mais des militants affirment qu'elle visait à entraver les communications et à faciliter le contrôle de la population en temps de guerre.
Signes de reprise et incertitudes
Le trafic Internet en provenance d'Iran semblait provenir à la fois de lignes fixes et mobiles, a indiqué Amir Rashidi, expert en cybersécurité chez Miaan, un groupe de défense des droits numériques spécialisé sur l'Iran. « Ce que nous voyons maintenant, c'est une augmentation du trafic depuis l'Iran. Certains fournisseurs sont de retour en ligne, mais il est encore trop tôt pour dire exactement ce qui va se passer », a-t-il déclaré.
M. Rashidi a rappelé une précédente coupure intervenue en janvier lors de manifestations de masse, où seule la moitié du trafic antérieur avait été rétablie. La situation actuelle reste donc fragile.
Conséquences économiques
Le blackout a aggravé une économie iranienne déjà affaiblie par le conflit. Le secteur technologique a été durement touché, avec des entreprises contraintes de fermer et de licencier. Les Iraniens qui vendaient ou faisaient de la publicité en ligne ont peiné pendant des mois à générer des revenus.
Une décision contestée en justice
Le rétablissement de la connexion semble déjà susciter des dissensions au sein du système politique iranien. Le président Masoud Pezeshkian avait mis en place début mai un groupe de travail spécial chargé de définir la politique internet. Ce groupe a décidé lundi de débloquer l'accès, a déclaré publiquement une porte-parole du gouvernement.
Mais Mizan, un média proche de l'appareil judiciaire, a rapporté mardi qu'un tribunal iranien avait reçu des plaintes contre ce groupe de travail et avait ordonné sa suspension provisoire. Selon Mizan, les décisions du groupe seraient inapplicables jusqu'à un jugement définitif. L'identité des plaignants n'a pas été révélée.
Malgré cette décision de justice, le rétablissement de l'internet semblait se poursuivre mardi. Pour Amir Rashidi, l'avenir de la connexion dépendra en fin de compte des négociations pour mettre fin à la guerre entre l'Iran et les États-Unis.