Un réveil géopolitique
Longtemps considérée comme l'un des pays les plus réticents à rejoindre l'Union européenne, l'Islande connaît un séisme politique intérieur. Les menaces du président américain Donald Trump à l'encontre du Groenland, territoire autonome danois situé à quelques centaines de kilomètres de ses côtes, ont provoqué une onde de choc parmi les 400 000 Islandais. Selon la première ministre islandaise, Kristrun Frostadottir, « la crise du Groenland a touché un point sensible ». Dans un entretien réalisé en février à Reykjavik, elle a confirmé que les questions de politique étrangère prenaient désormais une place centrale dans l'esprit des électeurs : « Les choses ont clairement changé. »
Un référendum en vue
Le gouvernement islandais se dirige vers l'organisation d'un référendum dès cet été. Ce scrutin portera sur l'ouverture de négociations exploratoires avec l'Union européenne en vue d'une adhésion. Même si le processus pourrait prendre plusieurs années, le simple fait qu'un tel débat ait lieu marque une rupture significative avec la position traditionnelle de l'Islande, qui a toujours farouchement défendu son indépendance, notamment le contrôle de son industrie de la pêche.
Un intérêt mutuel
L'Islande, située dans l'Atlantique Nord, à la porte de l'Arctique, représente un partenaire de choix pour l'UE. La région est devenue un enjeu stratégique majeur, où les grandes puissances se disputent l'influence. Une adhésion islandaise offrirait à l'Union un point d'appui essentiel dans une zone en pleine recomposition géopolitique. Du côté islandais, les récentes pressions de Washington ont ravivé la nécessité de se rapprocher du continent européen pour garantir sa sécurité et sa souveraineté.
Un long chemin vers Bruxelles
Pour l'heure, l'Islande n'a jamais été membre de l'Union européenne, bien qu'elle soit membre de l'Espace économique européen depuis 1994. Les précédentes tentatives d'adhésion, initiées en 2009 puis suspendues en 2013, avaient échoué en raison de divergences profondes sur la pêche et sur la souveraineté nationale. Aujourd'hui, le contexte international, marqué par l'assertivité américaine dans l'Arctique et les incertitudes liées à la guerre en Ukraine, semble avoir changé la donne. La première ministre Frostadottir elle-même a reconnu que le débat n'est plus tabou.
La pêche, obstacle récurrent
L'un des principaux obstacles à une éventuelle adhésion reste la politique commune de la pêche. L'Islande tire une part importante de ses revenus de ses ressources halieutiques et redoute de perdre le contrôle de ses zones de pêche. Cependant, les partisans d'une adhésion estiment que les bénéfices en matière de sécurité et d'influence pourraient compenser ces inconvénients. Le débat public s'intensifie, alimenté par les déclarations répétées de Donald Trump, qui a affirmé à plusieurs reprises son intention de « récupérer » le Groenland, provoquant des crispations jusque dans les capitales nordiques.
Vers une décision historique
Le gouvernement islandais n'a pas encore fixé la date exacte du référendum, mais il pourrait intervenir dans les prochains mois. Si le « oui » l'emporte, l'Islande entamera des discussions formelles avec Bruxelles, un processus qui nécessite l'unanimité des États membres. En attendant, les regards sont tournés vers Reykjavik, où se joue peut-être l'avenir de l'Europe du Nord.