Le projet d’acquisition du géant du disque Universal Music Group (UMG) par le milliardaire américain Bill Ackman se heurte à un obstacle de taille. Le groupe Bolloré, qui contrôle près d’un tiers des actions d’UMG, a estimé lundi que l’offre de 55 milliards d’euros devait être rejetée, jugeant le prix proposé trop bas au regard de la valeur réelle de l’entreprise.
Le président du conseil de surveillance du groupe Bolloré, Cyrille Bolloré, a indiqué dans un communiqué que l’offre « sous-évalue significativement » Universal Music. Il a précisé que la famille Bolloré, actionnaire de référence d’UMG, ne vendrait pas ses parts au prix proposé. Cette prise de position est un coup dur pour Bill Ackman, qui avait présenté ce rachat comme l’une des plus importantes opérations de l’histoire des marchés financiers.
Une offre contestée dès son annonce
Bill Ackman, fondateur du fonds d’investissement Pershing Square, avait dévoilé son intention d’acheter Universal Music via une entité cotée en Bourse (une SPAC, ou société d’acquisition à vocation spécifique) baptisée Pershing Square Tontine Holdings. L’offre, valorisant UMG à 55 milliards d’euros, a été présentée début mars comme une opération « amicale ». Les dirigeants d’UMG avaient alors salué l’intérêt d’Ackman, sans toutefois s’engager.
Mais le refus explicite de Bolloré change la donne. En tant qu’actionnaire majoritaire (à hauteur de près de 30 % du capital), le groupe français dispose d’un poids décisif dans toute tentative de cession. Cyrille Bolloré a justifié sa position par le potentiel de croissance d’Universal Music, premier label mondial, porté par le développement du streaming et la montée en puissance des marchés émergents. Selon lui, l’entreprise vaut davantage que l’offre d’Ackman.
Réactions et incertitudes
De son côté, Bill Ackman n’a pas encore réagi publiquement à la prise de position de Bolloré. Certains analystes estiment qu’il pourrait relever son offre, mais une telle décision serait risquée pour un fonds qui mise sur des acquisitions à prix raisonnable. D’autres observateurs soulignent que la famille Bolloré a toujours eu une stratégie de long terme sur Universal Music et qu’elle n’est pas vendeuse, même à un prix plus élevé.
L’offre d’Ackman devait être soumise au vote des actionnaires de sa SPAC dans les prochaines semaines. Sans le soutien de Bolloré, la probabilité de réussite de l’opération s’amenuise considérablement. UMG, qui a récemment réalisé une introduction en Bourse partielle, continue de susciter l’intérêt d’autres investisseurs, mais aucun ne s’est encore manifesté officiellement pour contrer l’offre d’Ackman.
Une bataille financière à suivre
Cette affaire illustre les tensions entre les ambitions des grands fonds d’investissement américains et la stratégie des groupes familiaux européens. Pour Bolloré, Universal Music est un actif stratégique, au cœur de l’industrie musicale mondiale, et son refus de céder à prix réduit renforce l’idée d’une gestion patrimoniale à long terme.
Le feuilleton de l’offre d’Ackman sur Universal Music n’est donc pas terminé, mais il a pris un tournant décisif avec le veto de Bolloré. Les prochains jours devraient être marqués par des négociations ou un retrait pur et simple de l’offre.