La Fédération internationale de football association (FIFA) a franchi un pas sans précédent en reconnaissant officiellement l'équipe féminine d'Afghanistan, malgré l'opposition de la fédération afghane contrôlée par les talibans. La décision, annoncée mardi à Toronto lors du Conseil de la FIFA, permet à la sélection de participer aux plus grandes compétitions mondiales, notamment les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028, les Coupes du monde et les Coupes d'Asie.

« C'est quelque chose d'énorme pour nous, de montrer au monde que les femmes et les filles afghanes sont capables de faire des choses extraordinaires », a déclaré Elaha Safdari, gardienne de but de l'équipe nationale. « C'est une gifle infligée aux talibans et à tous ceux qui étaient contre nous. »

Un chemin semé d'obstacles

L'équipe, baptisée « Afghanistan Women's United », est composée en grande partie de réfugiées vivant en Australie et en Europe. Ces joueuses ont dû surmonter d'innombrables difficultés logistiques et politiques pour continuer à pratiquer leur sport après la prise de pouvoir des talibans en 2021. En 2025, elles avaient déjà participé à un tournoi de la « FIFA Unites Women's Series » au Maroc, posant les bases de cette reconnaissance.

La FIFA, par la voix de son président Gianni Infantino, a salué une « étape capitale ». Il a expliqué que l'amendement adopté permet désormais à l'instance d'« approuver l'enregistrement d'une équipe nationale ou représentative dans des circonstances exceptionnelles lorsqu'une association membre est dans l'incapacité de le faire ». Infantino a également souligné que cette décision s'inscrit dans le cadre de la « Stratégie d'action pour le football féminin afghan », approuvée en 2025, qui vise à protéger le droit de chaque fille et femme à jouer au football.

Un précédent pour d'autres équipes

Andrea Florence, directrice exécutive du groupe de plaidoyer Sport and Rights Alliance, a estimé que ce précédent « démontre que les instances dirigeantes peuvent adapter leurs règles pour protéger les droits humains lorsque des circonstances extraordinaires l'exigent ». Cette décision pourrait ouvrir la voie à d'autres équipes, souvent féminines, qui se voient refuser la possibilité de jouer par leur fédération.

Khalida Popal, ancienne capitaine de l'équipe afghane devenue figure emblématique de la nouvelle génération, était présente aux côtés de Gianni Infantino au moment de l'annonce. La joueuse, qui a fui son pays après l'arrivée des talibans, milite depuis des années pour la reconnaissance de son équipe.

Une portée symbolique et politique

Au-delà du sport, cette reconnaissance constitue un camouflet pour le régime taliban, qui a interdit la pratique du football aux femmes et dissous la section féminine de la fédération. Elaha Safdari, qui réside aujourd'hui en Angleterre et joue pour le club de Rotherham United, insiste sur la dimension militante de cette victoire : « Nous continuons à élever la voix pour toutes les sans-voix restées au pays. »

La FIFA a indiqué que la nouvelle équipe nationale s'appuiera sur les joueuses exilées, mais des discussions sont en cours pour élargir l'effectif. L'instance mondiale a également promis un soutien financier et logistique pour permettre à la sélection de participer aux éliminatoires des prochaines grandes compétitions.

Cette décision, qualifiée d'« inédite dans le sport mondial » par Gianni Infantino, marque un tournant dans la manière dont les organisations sportives peuvent contourner les blocages politiques pour garantir le droit des athlètes à représenter leur pays.