Kyiv presse l’Europe d’agir
L’Ukraine exhorte l’Union européenne à jouer un rôle plus actif dans la recherche d’une issue négociée à la guerre avec la Russie. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a estimé qu’il était temps d’introduire « une nouvelle dynamique » dans le processus diplomatique et de « passer à un nouveau format de négociations avec la partie russe », avec « une participation plus active de la part européenne ». Cette demande sera débattue en détail lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE qui s’ouvre à Chypre pour deux jours.
Des candidats pressentis pour le rôle d’envoyé
Plusieurs personnalités sont évoquées pour endosser la fonction d’intermédiaire entre l’UE et la Russie, parmi lesquelles l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel et l’ex-Président du Conseil italien Mario Draghi. Interrogé, un porte-parole de Mario Draghi a indiqué qu’il « préfère ne pas commenter pour l’instant ». Le président finlandais Alexander Stubb a pour sa part déclaré qu’il « ne pourrait probablement pas répondre par la négative » si on lui proposait cette mission, mais seulement après que la Russie aura accepté un cessez-le-feu.
Les conditions posées par Moscou
Vladimir Poutine s’est dit ouvert à l’idée de voir un émissaire européen, à condition que celui-ci « n’ait pas dit toutes sortes de choses désagréables à notre sujet ». Le dirigeant russe a lui-même suggéré le nom de l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, proche allié de Moscou et défenseur de longue date des intérêts russes. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a immédiatement rejeté cette proposition, estimant que Schröder serait « assis des deux côtés de la table ».
Divisions au sein de l’UE
Depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022, la plupart des États membres ont poursuivi une politique d’isolement et de sanctions à l’égard de la Russie. Mais tous ne partagent pas la même vision sur l’opportunité d’engager des contacts, même limités. Certains pays, comme la Suède et la Lituanie, estiment que la Russie est sous pression et veulent accentuer les sanctions plutôt que de les alléger. D’autres, comme l’Italie, plaident pour une implication européenne plus rapide, estimant qu’il n’est plus prudent de rester en retrait.
Une approche prudente de la diplomatie européenne
En mars, Kaja Kallas a distribué des pistes de réflexion aux États membres, qualifiées par un responsable européen de « matière à réflexion ». L’objectif est de parvenir à une position commune de l’UE vis-à-vis de la Russie et de fixer des lignes rouges avant d’amorcer un dialogue direct. Si l’idée de nommer un ou plusieurs envoyés sera évoquée à Chypre, les discussions de fond devraient attendre le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE, prévu le mois prochain.
L’Ukraine veut aller vite
Andrii Sybiha a prévenu que ce processus ne devait pas s’enliser dans des débats sur la représentativité ou le format. « Cela doit se faire rapidement », a-t-il insisté. Kyiv souhaite « briser l’impasse » diplomatique, alors que parallèlement les frappes russes se sont intensifiées. La capitale ukrainienne a subi récemment l’une des attaques les plus violentes du conflit, combinant missiles et drones, et Moscou a menacé de « frappes systématiques » sur la ville.
L’analyse d’un expert ukrainien
Pour Iaroslav Smovj, analyste du think tank Adastra, tout engagement avec Moscou est « voué à l’échec » si l’UE ne se présente pas en position de force. « L’Europe a en partie perdu son sentiment d’agentivité dans les affaires internationales, surtout dans une guerre aussi importante en Europe », observe-t-il. Si elle veut agir comme un intermédiaire indépendant et neutre, cela ne donnera aucun résultat, « tout comme les États-Unis n’ont pas obtenu de succès ». Selon lui, la Russie doit être « intimidée » et la réponse européenne à son comportement est jusqu’ici peu convaincante.
Le contexte des frappes ukrainiennes
Alors que l’UE réfléchit à des canaux de dialogue, l’Ukraine continue d’accroître la pression sur son voisin par des frappes répétées en profondeur contre les installations pétrolières russes, qu’elle qualifie de « sanctions à longue portée ». Les récentes attaques massives russes montrent que Moscou est secoué par cette stratégie, mais cela ne signifie pas qu’un terrain d’entente soit en vue.
Une fenêtre d’opportunité étroite
Les divisions européennes et les exigences contradictoires des deux belligérants rendent la tâche ardue. Les États-Unis, après une médiation qui a surtout fait pression sur Kyiv, ont reconnu l’échec de leur approche. Le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que Washington n’était pas intéressé par « un cycle sans fin de réunions qui ne mènent à rien », tout en laissant la porte ouverte à une reprise. L’UE tente donc de s’insérer dans la brèche, mais la Russie privilégie toujours le dialogue avec les États-Unis pour des raisons de statut et parce que les émissaires de Donald Trump se sont montrés peu exigeants envers Moscou. La question de savoir si l’Europe parviendra à trouver un « chuchoteur de la Russie » – un médiateur capable de faire bouger les lignes – reste entière.