Un revers attendu pour un vétéran de la politique texane
John Cornyn, sénateur républicain du Texas depuis 2002 et l’une des figures les plus influentes de son parti au Congrès, a perdu la primaire républicaine face au procureur général de l’État, Ken Paxton. Ce dernier, qui bénéficiait du soutien de Donald Trump, a remporté l’investiture pour briguer le siège de Cornyn au Sénat américain.
Cornyn n’était pas un opposant à Trump. Il a voté avec l’administration sortante plus de 99,2 % du temps, selon son propre site de campagne – un taux supérieur à celui du sénateur Ted Cruz. Il a soutenu les deux procédures de destitution, appuyé la candidature de Trump lors des primaires de 2024 et défendu les nominations controversées du président. Mais quelques écarts minimes lui ont été fatals.
Les signes de tiédeur qui ont tout changé
En 2016, Cornyn avait mis en garde contre les risques d’une candidature Trump pour le parti. Il avait voté en faveur de la certification de la victoire de Joe Biden en 2020. Surtout, il avait, en privé, exhorté Trump à ne pas se présenter en 2024. Ces gestes ont suffi à le faire prendre pour un allié tiède par un président qui exige une loyauté sans faille.
Trump, qui a fait de l’élimination des républicains jugés insuffisamment loyaux une marque de fabrique de son influence, a ciblé Cornyn avec la même détermination qu’il avait appliquée à des figures comme Liz Cheney, Mark Sanford ou Bill Cassidy. Dans un parti où toute déviation est sanctionnée, le sénateur texan a tenté de prouver son attachement au président par des gestes spectaculaires : il a diffusé une photo de lui lisant L’Art du deal et proposé de renommer une autoroute en « Trump Interstate ». Peine perdue.
Ken Paxton, un allié aux multiples controverses
Le vainqueur de la primaire, Ken Paxton, est un homme de confiance pour Trump. Mais son bilan est lourd : il fait l’objet d’une longue liste d’accusations éthiques et juridiques. La sénatrice Susan Collins avait exprimé son inquiétude face à la perspective de voir un candidat qu’elle qualifiait d’« individu aux prises avec des difficultés éthiques » se présenter à une élection nationale. Du point de vue de Trump, ces antécédents seraient plutôt un atout, car il préfère s’entourer de personnes partageant son même goût du défi juridique et moral.
Cornyn, comme d’autres républicains tombés en disgrâce, a adopté une stratégie désespérée : essayer de battre l’équipe Trump sur le terrain de l’amour de Trump. Une approche qui, selon des observateurs, lui a fait perdre sa dignité sans augmenter ses chances de survie politique.
Une purge qui s’étend
Cette primaire s’inscrit dans une vague de cibles républicaines désignées par Trump pour 2026 : le sénateur Bill Cassidy en Louisiane, le représentant Thomas Massie au Kentucky, et cinq législateurs de l’Indiana. La défaite de Cornyn rejoint une longue liste d’élus républicains qui ont peru leur poste après avoir défié Trump, ou qui ont préféré prendre leur retraite face à une défaite certaine.
L’exigence d’une loyauté absolue s’est imposée comme la condition première de la survie politique dans le Parti républicain. Cornyn, qui a pourtant fait voter la quasi-totalité des textes de Trump, a été puni pour des hésitations anciennes et privées.
La fin d’une époque pour le Sénat texan
Avec cette défaite, le Sénat perd l’un de ses collecteurs de fonds les plus efficaces et l’un de ses législateurs les plus influents. La primaire texane montre que même les membres les plus en vue du parti ne sont pas à l’abri d’une purge si leur fidélité est jugée imparfaite. Le message est clair : pour survivre dans le nouveau Parti républicain, il ne suffit pas d’être en accord avec Trump sur presque tout – il faut l’être sur tout.