L’arme de la faim est de plus en plus employée dans les conflits armés, révèle une analyse portant sur les huit dernières années. Plus de 20 000 incidents de « violence liée à l’alimentation » ont été documentés depuis 2018, année où le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2417 condamnant le recours délibéré à la famine contre des civils.
Des attaques systématiques contre l’approvisionnement
L’étude recense notamment 1 261 frappes visant des marchés où les familles se procurent quotidiennement leur nourriture, ainsi que 863 incidents durant lesquels des systèmes de distribution alimentaire ont été ciblés, faisant des morts parmi les travailleurs humanitaires. Les infrastructures agricoles, les entrepôts et les convois d’aide sont également régulièrement pris pour cibles.
Une escalade depuis 2018
La résolution 2417, adoptée en mai 2018, avait solennellement condamné le fait d’affamer les civils comme méthode de guerre. Or, l’analyse montre que, loin de diminuer, les atteintes à la sécurité alimentaire se sont intensifiées. Les chercheurs ayant conduit ces travaux soulignent que le droit international humanitaire interdit pourtant de détruire les biens indispensables à la survie des populations civiles.
Gaza et Soudan, épicentres de la faim contrainte
Deux zones de conflit concentrent une part importante de ces violences. Dans la bande de Gaza, les frappes ont visé des boulangeries, des points de distribution et des marchés de rue. Les habitants, déjà déplacés à plusieurs reprises, peinent à se procurer de la farine et des denrées de base. Des images montrent des Palestiniens se bousculant pour attraper des sacs de farine depuis des camions d’aide humanitaire.
Au Soudan, où un conflit armé oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide, les combats ont dévasté les récoltes et perturbé les circuits d’approvisionnement. Les entrepôts alimentaires ont été pillés ou détruits, plongeant des millions de personnes dans une insécurité alimentaire aiguë.
Des conséquences humanitaires catastrophiques
Le recours à la faim comme arme de guerre a des répercussions durables sur les populations, notamment les enfants et les femmes enceintes. La malnutrition progresse rapidement dans les zones de conflit, tandis que les organisations humanitaires peinent à accéder aux personnes dans le besoin en raison de l’insécurité et des restrictions imposées par les belligérants.
Les experts appellent à une mise en œuvre effective de la résolution 2417 et à des mécanismes de responsabilisation pour les auteurs de ces actes. Ils rappellent que la privation délibérée de nourriture peut constituer un crime de guerre et, dans certains cas, un acte de génocide.
Une tendance mondiale inquiétante
Au-delà de Gaza et du Soudan, d’autres régions sont concernées : le Yémen, la Syrie, le Myanmar et certaines parties du Sahel. L’analyse souligne que la « violence alimentaire » ne se limite pas aux bombardements : elle inclut aussi les destructions de récoltes, l’empoisonnement des puits, le blocage des routes commerciales et l’imposition de sièges.
Alors que les conflits se multiplient et s’intensifient, la communauté internationale se trouve confrontée à un défi majeur : garantir que l’accès à la nourriture ne soit pas utilisé comme une arme. L’analyse conclut que sans une action politique et diplomatique résolue, la faim continuera d’être exploitée comme un outil de guerre, avec des conséquences tragiques pour des millions de civils.