Alors que la Coupe du monde de football 2026 doit débuter dans quelques semaines, les téléspectateurs indiens risquent de ne pas pouvoir suivre les matchs à la télévision. Aucun contrat de diffusion n'a encore été signé avec les chaînes du pays, et les négociations achoppent sur plusieurs points, notamment le décalage horaire et le montant des droits.

« Le marché indien repose sur les chiffres bruts plutôt que sur la propension à payer », explique Nandan Kamath, avocat spécialisé dans le sport et figure influente de la politique sportive indienne. Pour lui, la FIFA a mal évalué le potentiel de ses deux plus grands marchés, l'Inde et la Chine, en exigeant des sommes trop élevées.

Un modèle économique inadapté

Contrairement à l'Europe ou aux États-Unis, les diffuseurs indiens comptent avant tout sur les recettes publicitaires plutôt que sur les abonnements. Lors du Mondial 2022 au Qatar, le géant indien Viacom18, qui détenait les droits, n'a pas réalisé de bénéfices malgré des audiences importantes. La base d'abonnés haut de gamme reste trop étroite pour générer des profits majeurs.

Pour atteindre une large audience, la FIFA devrait sans doute revoir ses prétentions à la baisse. « Tout le monde a dû rationaliser ses abonnements pour gagner en échelle », note Kamath, citant Netflix et la Formule 1, qui ont adapté leurs offres au marché indien : un abonnement Netflix peut coûter 199 roupies par mois (environ 2,50 dollars), tandis qu'un pass saison de F1 est à 899 roupies (10 dollars).

Le cricket, roi incontesté

Le paysage audiovisuel indien est dominé par le cricket. La ligue indienne (IPL) et les tournois du Conseil international du cricket (ICC) sont les droits les plus disputés. « Sans l'ombre d'un doute, la Coupe du monde de la FIFA ne figurerait pas parmi les deux droits les plus chers en Inde ; ces places reviennent à l'IPL et à l'ICC », affirme Kamath.

Cet autre sport est particulièrement adapté à la publicité : des pauses toutes les trois ou quatre minutes offrent de nombreux espaces commerciaux. Le football, avec son jeu plus continu, ne permet pas une telle insertion. « Le cricket est le sport parfait pour un modèle publicitaire, et c'est très différent du football », ajoute l'avocat.

Concurrence limitée et autres priorités

Sur le marché des droits, seuls deux acteurs majeurs sont en lice : JioStar (issu de la fusion Reliance-Disney en 2024) et Sony. Cette absence de concurrence féroce réduit la pression sur les enchères. « Normalement, ces droits sont vendus là où il y a une forte compétition et la peur de rater quelque chose, mais ce n'est pas le cas ici », souligne Kamath.

De plus, l'Inde a clairement affiché son ambition d'organiser les Jeux olympiques de 2036, ce qui relègue le football plus bas dans la hiérarchie des priorités. L'équipe nationale masculine indienne ne s'est jamais qualifiée pour une Coupe du monde et a été éliminée au deuxième tour des qualifications pour l'édition 2026. « Il y a cette idée que le cricket est roi, que les Jeux olympiques sont la prochaine aspiration, et que la FIFA est surtout un produit de divertissement », résume Kamath.

Des négociations toujours en cours

Malgré ces obstacles, un accord devrait probablement intervenir, mais la FIFA devra faire preuve de davantage de souplesse et d'innovation pour s'imposer durablement sur le marché indien. En attendant, les supporters indiens, nombreux mais habitués à regarder le football via des plateformes numériques ou des diffusions en streaming, craignent de devoir se passer du Mondial 2026.