Le changement climatique ne compromet pas seulement les écosystèmes futurs de l'Arctique, mais détruit également les vestiges du passé. Dans une étude publiée le 20 mai dans la revue scientifique PLOS One, deux chercheuses norvégiennes alertent sur la dégradation accélérée des tombes de chasseurs de baleines datant du XVIIe siècle, situées dans l'archipel du Svalbard. La région se réchauffe quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, provoquant la fonte du pergélisol, la montée des eaux et une érosion côtière intense.

Des tombes comparées à trente ans d'intervalle

Les scientifiques ont comparé des fouilles archéologiques menées dans les années 1980 avec celles réalisées dans les années 2010 sur les mêmes sites funéraires. Les résultats montrent une augmentation significative de la dégradation des objets et des restes humains. Les textiles, qui étaient pratiquement intacts il y a quarante ans, étaient presque complètement décomposés dans les tombes examinées plus récemment. Les structures des tombes elles-mêmes et les squelettes présentent également des signes de détérioration avancée.

Ces tombes renferment des chasseurs de baleines qui ont vécu dans des conditions extrêmes, comme en témoignent les os marqués par le stress et la malnutrition. Les autrices de l'étude soulignent que ces ossements constituent une archive précieuse de la première industrie européenne de l'huile de baleine. « Ces squelettes nous racontent le coût humain de cette activité. Avec la fonte du pergélisol et l'accélération de l'érosion côtière, nous perdons des archives entières de vies humaines, qui ne pourront jamais être retrouvées », expliquent-elles.

Un patrimoine culturel irremplaçable

Au-delà de la perte scientifique, c'est l'héritage culturel de l'Arctique qui est menacé. Les chasseurs de baleines néerlandais et d'autres nationalités ont laissé des traces uniques dans la région, notamment des camps et des cuves à graisse. Les chercheuses appellent à une révision des politiques de préservation afin de prioriser les sites les plus vulnérables. Alors que le réchauffement s'accélère, les archéologues et les gouvernements doivent agir rapidement pour documenter et protéger ces témoins du passé avant qu'ils ne disparaissent définitivement.