La guerre au Moyen-Orient, déclenchée par le conflit avec l'Iran, provoque des répercussions économiques majeures en Asie, où plusieurs monnaies nationales tombent à des plus bas historiques. La roupie indienne et le peso philippin ont déjà atteint des niveaux record de faiblesse face au dollar américain, tandis que la roupie indonésienne est désormais plus faible que lors du pic de la crise financière asiatique de 1997-1998. Le Japon et la Corée du Sud, de leur côté, ont dépensé des milliards de dollars pour soutenir leurs devises respectives, le yen et le won, afin d'éviter un effondrement similaire.

L'effet de la flambée pétrolière et de la force du dollar

Pour les pays asiatiques fortement dépendants des importations d'énergie, la guerre a d'abord fait grimper les prix du pétrole brut. Mais un second effet, désormais critique, se manifeste : la chute de la valeur de leurs monnaies face au dollar américain. Les investisseurs, inquiets de l'instabilité régionale, se tournent massivement vers le dollar, considéré comme une valeur refuge. Cette fuite vers le billet vert renforce la pression sur les devises asiatiques, déjà affaiblies par le coût accru des importations énergétiques.

Pour enrayer cette spirale baissière, les banques centrales de la région interviennent régulièrement sur les marchés des changes. Elles vendent des dollars et rachètent leurs propres monnaies, utilisant les réserves de change accumulées depuis la crise de 1997 précisément pour faire face à ce genre de choc. Ces interventions ont jusqu'à présent évité une dégringolade incontrôlée, mais elles épuisent les réserves.

Des réserves sous pression

La question qui se pose désormais est celle de la soutenabilité de ces opérations. « À quel rythme de tirage sur les réserves l'argument « Nous avons d'importantes réserves » commence-t-il à perdre son pouvoir rassurant ? », interroge Sana Ur Rehman, analyste des marchés financiers chez EBC Financial Group. Tant que la guerre se poursuit, les prix du pétrole restent élevés et le dollar fort, les banques centrales pourraient être contraintes de continuer à puiser dans leurs réserves, ce qui n'est pas sans risque à long terme.

Conséquences pour la population

Les répercussions se font déjà sentir dans la vie quotidienne des Asiatiques, en particulier dans les pays les plus exposés comme l'Inde, l'Indonésie et les Philippines. Une monnaie qui se déprécie rend les importations – du carburant à l'alimentation – plus chères. Cette hausse des prix pèse surtout sur les ménages les plus modestes, qui consacrent une part plus importante de leurs revenus aux biens de première nécessité. La dépréciation des devises asiatiques aggrave ainsi l'inflation et les tensions économiques dans une région déjà sous pression.