Le 18 mai, le Sénat a voté en faveur d'une proposition de loi visant à restituer à la Collectivité territoriale de Guyane les restes de six autochtones kali'nas et arawaks conservés depuis 134 ans dans des collections publiques parisiennes, notamment au musée de l'Homme. Ces dépouilles appartenaient à des personnes originaires de l'embouchure du Maroni, à la frontière entre la Guyane et le Suriname, qui avaient été emmenées de force en France pour être exposées dans le zoo humain du Jardin d'acclimatation de Paris en 1892.

Pour cette exposition, trente-trois femmes, hommes et enfants avaient été recrutés sur la promesse fallacieuse d'une vie meilleure. Arrivés à Paris, ils furent contraints d'exécuter sans répit des activités présentées comme exotiques, en tenue traditionnelle, même en plein hiver, sous le regard des visiteurs. Huit d'entre eux ne survécurent pas à leur captivité. Leurs ossements furent ensuite utilisés pour alimenter des travaux anthropologiques à caractère raciste, alors en vogue dans les milieux scientifiques.

Un vote unanime et historique

L'adoption du texte par le Sénat a été saluée comme une victoire par les descendants des victimes et les défenseurs de la mémoire autochtone. Corinne Toka-Devilliers, arrière-petite-fille d'une survivante et fondatrice de l'association Moliko Alet+Po, engagée depuis plus de cinq ans pour cette restitution, a qualifié cette décision de « très belle victoire » et de « reconnaissance historique » du peuple kali'na. Bénédicte Fjeké, présidente du conseil des Yopotos, l'autorité coutumière kali'na, a exprimé son soulagement et a indiqué que les préparatifs d'une cérémonie du deuil pour le retour des dépouilles étaient déjà en cours.

La proposition de loi, portée par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, a été déposée en octobre 2024 mais était restée sans suite. Plusieurs obstacles ont retardé son examen, notamment le refus de l'ancienne ministre de la Culture Rachida Dati, opposée à toute restitution. Il a fallu son départ du ministère et un sixième courrier de Corinne Toka-Devilliers au président de la République, le 13 avril, pour que l'exécutif infléchisse sa position.

Un vide juridique surmonté

Cette loi spécifique au cas guyanais a été rendue nécessaire par une lacune dans la législation française. La loi-cadre du 26 décembre 2023, censée faciliter la restitution des ossements humains des collections publiques, exclut en effet les Outre-mer de son champ d'application, alors même que le dossier guyanais était connu des parlementaires. De même, la loi sur la restitution des biens culturels acquis illicitement, promulguée le 9 mai, ignore les demandes émanant des territoires ultramarins pour se concentrer sur celles des États étrangers, ce qui a été dénoncé par les élus ultramarins lors des débats.

Une fois le texte adopté par l'Assemblée nationale, ce qui est présenté comme une formalité, les ossements seront déclassés dans un délai de six mois, puis rapatriés en Guyane. Ils seront alors exposés dans une maison funéraire à Iracoubo, où un mémorial a été inauguré il y a deux ans pour honorer la mémoire des autochtones exhibés dans les zoos humains.

Une reconnaissance inachevée

Pour Corinne Toka-Devilliers, cette avancée ne constitue qu'un premier pas. « La France a fait un premier pas dans la reconnaissance de son passé colonial, mais elle n'est pas prête à regarder l'ensemble de ce passé en face, ni à recevoir toutes les demandes des collectivités ultramarines », a-t-elle déclaré. Elle affirme être sollicitée par des citoyens et des associations de Kanaky-Nouvelle-Calédonie, de Polynésie, des Antilles et de La Réunion. En avril 2025, l'association réunionnaise Rasine Kaf avait notamment lancé un appel pour la restitution de crânes d'esclaves également conservés au musée de l'Homme.

La ministre de la Culture Catherine Pégard, présente au Sénat le jour du vote, a pris position en faveur de l'élaboration d'une loi plus large pour traiter les demandes de restitution des Outre-mer, sans que des précisions aient été apportées sur le calendrier ou le contenu d'un tel texte.