La mer Caspienne, plus grande étendue d'eau intérieure du monde, disparaît à un rythme inquiétant. Bordée par l'Iran, la Russie, l'Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan, cette mer fermée subit un recul de ses eaux qui s'accélère depuis les années 1990. Selon des scientifiques, cette tendance est irréversible et pourrait s'aggraver dans les décennies à venir.

Un déclin aux conséquences multiples

Les projections indiquent une baisse potentielle pouvant atteindre 21 mètres d'ici 2100. Pour donner une échelle, Simon Goodman, biologiste évolutionniste à l'Université de Leeds, au Royaume-Uni, explique qu'une baisse de 18 mètres serait supérieure à la hauteur d'un immeuble de six étages. Un tel recul aurait des répercussions massives sur les écosystèmes, la santé humaine et l'activité économique.

Environ 80 % de l'eau douce de la Caspienne provient de la Volga, au nord. Or, depuis des décennies, les barrages, l'irrigation et la gestion de l'eau dans ce bassin réduisent l'apport. Mais selon Simon Goodman, le facteur climatique devient prédominant : la hausse des températures mondiales, due aux émissions de combustibles fossiles, augmente l'évaporation à la surface de la mer, tandis que les précipitations et le ruissellement diminuent. Résultat : plus d'eau sort qu'il n'en entre.

Des ports bloqués et des habitats disparus

Les impacts sont déjà visibles, en particulier dans la partie nord, peu profonde, bordée par la Russie et le Kazakhstan. De nombreux ports doivent draguer en permanence pour rester accessibles, une situation qui devrait s'aggraver dans les cinq à dix prochaines années. Les communautés de pêcheurs sont sous pression : si le niveau baisse de dix mètres, de vastes zones du nord pourraient s'assécher complètement, supprimant près d'un tiers de la surface de la mer.

Dans le nord-est de la Caspienne, un site utilisé par des dizaines de milliers de phoques pour leur mue printanière est désormais à sec. « Nous perdons déjà des habitats écologiquement importants », alerte Simon Goodman.

Un témoignage iranien

Maryam, une journaliste environnementale iranienne, a grandi au bord de la Caspienne, dans la ville côtière de Rudsar. Elle se souvient des fluctuations du niveau de l'eau dans les années 1990, qui avaient même inondé certaines maisons de ses proches. Mais lors d'un récent retour, elle a été frappée par le changement : « J'ai continué à m'éloigner du rivage, mais l'eau n'atteignait que mes genoux. Pour quelqu'un qui a grandi au bord de cette mer, c'était effrayant. »

Un avenir incertain

Les scientifiques estiment que la baisse actuelle, bien que variable par le passé, est cette fois irréversible. Les modèles climatiques prévoient une accentuation du phénomène, avec des conséquences sur toute la région. La mer Caspienne, qui abrite une biodiversité unique et des ressources pétrolières et gazières importantes, est à un tournant critique.