Jasper Peach, auteur et activiste australien, livre un témoignage puissant sur son cheminement vers la neutralité corporelle. Dans un récit personnel, il explique comment il a remplacé la quête épuisante de la positivité corporelle par une approche plus sobre, qui consiste simplement à accepter son corps sans avoir à l'aimer ou à le célébrer. « Mon corps est gros, pas une erreur », écrit-il, résumant sa philosophie.

Peach raconte son enfance marquée par le mépris des autres. Né en 1981, il se souvient d'avoir été traité comme « un seigneur du chonk » (bébé dodu) dans son plus jeune âge, mais très tôt il a senti que sa présence offensait les gens. À sept ans, alors qu'il tournait la corde à sauter pour les autres, un enfant lui a dit qu'il ne pouvait pas sauter parce qu'il était trop gros. « Les enfants apprennent la hiérarchie des adultes et la reproduisent entre pairs », note-t-il. Même son père, bien intentionné, l'a averti que personne ne l'aimerait, ne lui ferait confiance ou ne l'emploierait à cause de sa morphologie.

Pendant des années, Peach a lutté contre la honte. Il a essayé la positivité corporelle, mais celle-ci lui paraissait tout aussi contraignante. « La positivité corporelle exige que nous célébrions notre corps, ce qui peut être écrasant quand on ne se sent pas ainsi », explique-t-il. Il a donc adopté la neutralité corporelle, un concept qui ne demande ni célébration ni critique, mais une simple reconnaissance. Il compare cette attitude au fait d'avoir froid et de mettre un pull : on ne célèbre ni ne critique quelqu'un pour avoir froid.

Pour mettre en pratique cette neutralité, Peach a développé plusieurs outils. Il utilise l'acronyme HALT (pour Faim, Colère, Solitude, Fatigue) afin de vérifier ses besoins avant de juger son corps. Il recourt aussi à CAPS (Contrôle, Acceptation, Patience, Auto-compassion) et à FINE (Défectueux, Insécurité, Névrose, Émotionnalité) – ce dernier lui rappelant que ses sentiments ne définissent pas sa valeur. Ces outils l'aident à éviter le piège de la positivité toxique.

Peach revient également sur son parcours en tant que personne non binaire et handicapée. Il a été diagnostiqué avec ce qu'il décrit comme « une maladie invisible » après des années d'errance médicale. Ce diagnostic l'a aidé à faire la paix avec son corps. Il consacre une partie de son essai aux « maisons » qu'il a habitées – littéralement et métaphoriquement – et à la manière dont il a appris à voir son corps comme un foyer.

Il cite des références culturelles qui ont compté pour lui, comme l'actrice Sue Bryant qu'il a vue pour la première fois dans une série télévisée, incarnant un personnage rond et confiant, sans pour autant que son poids ne soit un sujet. Il mentionne également le personnage de Phryne Fisher dans « Miss Fisher's Murder Mysteries », ainsi que les œuvres de l'auteure Ursula K. Le Guin.

Le livre de Peach, intitulé « My Body is My Home » (Mon corps est ma maison), développe ces idées. Il y propose une alternative à l'industrie du bien-être qu'il critique sévèrement. Selon lui, cette industrie profite de l'insécurité corporelle en vendant des solutions coûteuses et souvent inefficaces. La neutralité corporelle, au contraire, est gratuite et accessible à tous.

En conclusion, Peach affirme que si on lui avait enseigné la neutralité corporelle étant enfant, sa vie aurait été bien plus facile. Il espère que son témoignage pourra aider d'autres personnes à se libérer de la honte. « Ce n'est pas la solution miracle, mais c'est un début », écrit-il. Il partage également une anecdote marquante : un ami lui a un jour déclaré qu'il ne pourrait être heureux tant qu'il n'aurait pas maigri, illustrant la pression sociale constante. Face à cela, Peach oppose la neutralité corporelle comme une forme de résistance – une manière de dire : « Vous n'avez pas besoin de ressentir quoi que ce soit à propos de votre corps ; vous pouvez simplement exister. »