Un soutien inattendu

À quelques jours de l’ouverture du procès en destitution de l’ancien président Rodrigo Duterte devant le Sénat philippin, un nouvel épisode vient ébranler le paysage politique du pays. Imee Marcos, sœur du président actuel Ferdinand Marcos Jr. et elle-même sénatrice, a exprimé son soutien à l’ex-chef de l’État, une position qui contraste nettement avec la ligne officielle de son frère.

Dans une déclaration publique relayée ces derniers jours, Imee Marcos a affirmé que Rodrigo Duterte « a servi le pays avec dévouement » et qu’il « mérite d’être traité avec respect et équité » lors des audiences. La sénatrice a appelé ses collègues à ne pas « transformer le Sénat en une arène de règlements de comptes politiques ». Ces propos interviennent alors que le procès, qui doit examiner les accusations d’avoir ordonné des exécutions extrajudiciaires dans le cadre de la guerre contre la drogue menée entre 2016 et 2022, s’annonce comme l’un des plus sensibles de l’histoire récente des Philippines.

Une famille divisée

Ce soutien public met en lumière les divergences croissantes au sein du clan Marcos. Ferdinand Marcos Jr., qui a succédé à Duterte en 2022, a jusqu’ici évité de prendre parti ouvertement dans ce dossier judiciaire, mais son administration a coopéré avec la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre de l’enquête préliminaire sur les crimes contre l’humanité présumés commis sous Duterte. En prenant la défense de l’ancien président, Imee Marcos se place en porte-à-faux avec la stratégie de prudence de son frère.

Cette fracture familiale pourrait avoir des répercussions politiques majeures. Imee Marcos, qui a siégé au Sénat depuis 2019, dispose d’une base électorale propre et d’une influence non négligeable. Son soutien à Duterte pourrait être interprété comme un signe de ralliement de la frange la plus dure de la droite philippine, traditionnellement acquise à l’ancien président.

Enjeux du procès

Le procès qui s’ouvre est le fruit d’une plainte déposée par des familles de victimes et des ONG, soutenues par des parlementaires de l’opposition. Rodrigo Duterte est accusé d’avoir orchestré une campagne de « guerre contre la drogue » qui aurait fait plusieurs milliers de morts, dont de nombreuses exécutions sommaires. L’ancien président, qui a toujours nié toute responsabilité pénale, considère ce procès comme une « machination politique » destinée à salir son héritage.

Le Sénat, qui fait office de Haute Cour dans les procédures de destitution aux Philippines, doit déterminer si Duterte sera reconnu coupable. Une condamnation pourrait entraîner son incapacité à exercer toute fonction publique à l’avenir, mais aussi ouvrir la voie à des poursuites pénales.

Réactions politiques

Le soutien d’Imee Marcos a suscité des réactions contrastées. Certains alliés de l’ancien président ont salué une « prise de position courageuse », tandis que des opposants y voient une tentative de « torpiller le processus judiciaire ». Le parti au pouvoir, le Parti fédéral des Philippines (PFP), n’a pas officiellement commenté la déclaration de la sénatrice.

Les analystes estiment que ce geste pourrait affaiblir la position du président Marcos Jr., coincé entre la nécessité de ménager la base politique de son prédécesseur et l’obligation de respecter les engagements internationaux pris envers la CPI. Le procès, dont la durée n’est pas encore déterminée, promet de constituer un test décisif pour la démocratie philippine et pour l’unité du camp au pouvoir.