Une levée de fonds record dans la fusion privée

La start-up américaine Thea Energy a annoncé la clôture d’un tour de table de série B de 100 millions de dollars, mené par le fonds U.S. Innovative Technology Fund. Ce placement, décrit comme sursouscrit, porte le total des investissements privés de la société à 130 millions de dollars, a précisé l’entreprise. Cette somme fait de Thea Energy l’une des start-up de fusion les plus dotées financièrement, dans un secteur où de nombreux concurrents peinent à franchir le stade du prototype.

Les fonds doivent servir à accélérer la production d’aimants de plus petite taille et à débuter la construction d’Eos, un démonstrateur « pertinent pour un réacteur commercial », dès 2027. La conception de Thea Energy repose en effet sur des aimants rectangulaires, dont chacun peut être réglé individuellement pour produire une partie du champ magnétique global nécessaire au confinement du plasma. La société compare ce système aux pixels d’un écran d’ordinateur, qui suivent les instructions d’un logiciel pour afficher du texte ou des images.

Un stellarateur modulaire pour un contrôle accru

Thea Energy développe un type de réacteur dit « stellarateur ». Contrairement au tokamak – la configuration la plus répandue –, le stellarateur utilise des aimants tordus et enroulés pour maintenir le plasma dans une forme stable, sans avoir recours à un courant électrique interne ni à des dispositifs de contrôle actif complexes. Cette stabilité intrinsèque simplifie le fonctionnement, mais elle impose une géométrie d’aimants extrêmement précise et difficile à fabriquer.

La start-up, issue de l’Université de Princeton, propose de remplacer les grands aimants monolithiques des stellarateurs classiques par des centaines, voire des milliers d’aimants plus petits et indépendants. Cette modularité présente deux avantages majeurs : d’une part, elle permet de corriger individuellement chaque aimant pour affiner localement le champ magnétique ; d’autre part, elle ouvre la voie à une maintenance plus aisée. Chaque aimant défaillant peut être retiré et remplacé sans démonter l’ensemble du réacteur.

Un calendrier serré pour un objectif 2034

Thea Energy espère mettre en service un réacteur commercial d’ici 2034. Le démonstrateur Eos, dont la construction doit commencer l’année prochaine, constituera une étape clé pour valider la capacité de ces aimants pixelisés à atteindre les conditions nécessaires à la fusion. L’entreprise travaille déjà à l’industrialisation des bobines supraconductrices. La start-up a également levé un tour de série A de 20 millions de dollars en 2024, ce qui souligne la progression rapide de son financement.

Contexte concurrentiel

La fusion nucléaire suscite un intérêt croissant des investisseurs, qui voient en elle une source d’énergie quasi inépuisable et sans émissions de CO₂. De nombreuses start-up, comme la canadienne General Fusion ou la californienne TAE Technologies, ont levé des centaines de millions de dollars ces dernières années. Thea Energy se distingue par son approche à base d’aimants modulaires et par son partenariat de long terme avec l’Université de Princeton, qui lui donne accès à des installations de recherche de premier plan.

Reste que le chemin vers un réacteur commercial est semé d’embûches : personne n’a encore démontré une production nette d’énergie par fusion dans un réacteur privé, et les calendriers ont souvent été repoussés. Avec 130 millions de dollars en poche et un démonstrateur en vue, Thea Energy se place néanmoins en bonne position pour tenter de relever le défi.