Une visite sans grand résultat

La visite cette semaine à New Delhi du secrétaire d'État américain, Marco Rubio, n'a pas permis de conclure d'accords majeurs pour réparer les relations entre les États-Unis et l'Inde, mises à rude épreuve par les politiques de l'administration Trump sur le commerce, l'immigration et la guerre en Iran. Selon plusieurs analystes, cette mission diplomatique a surtout constitué une tentative de rassurer New Delhi, sans apporter de solutions concrètes aux griefs indiens.

« La visite a été un bon analgésique, mais un vrai médicament est nécessaire pour ranimer les relations », a déclaré Constantino Xavier, expert de l'Asie du Sud au Centre for Social and Economic Progress, un institut de recherche basé à New Delhi. Ce « médicament » passerait, selon lui, par une « remise à plat politique fondamentale entre les deux dirigeants », comme une visite du président Trump en Inde ou des avancées significatives dans les domaines du commerce et de la défense.

Des sujets de friction multiples

L'approche du président Donald Trump envers l'Inde, oscillant entre coups de chaud et de froid, contraste fortement avec celle de ses prédécesseurs, qui cherchaient à entretenir des relations stables. L'Inde, dont le plus grand marché d'exportation est l'Union européenne, dépend de liens civils et solides avec les États-Unis. Elle cherche surtout à éviter d'attirer les foudres de M. Trump, qui pourraient déstabiliser son économie ou compromettre sa capacité à satisfaire ses besoins énergétiques colossaux.

New Delhi, qui importe 90 % de son pétrole brut, avait été mise sous pression l'été dernier lorsque le président Trump avait imposé un tarif douanier de 25 % sur les achats de pétrole russe par l'Inde. Cette taxe a été levée en février, après que l'Inde a accepté de limiter ses achats. Par ailleurs, la guerre en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont considérablement réduit l'accès de l'Inde au pétrole, poussant le Premier ministre Narendra Modi à demander à ses concitoyens de travailler depuis chez eux pour économiser le carburant.

La question centrale, selon Harsh V. Pant, professeur invité en relations internationales au King's College de Londres, est « l'absence de cohérence que nous observons dans l'engagement de l'administration Trump envers l'Inde, et l'absence d'un engagement public en faveur de cette relation ». M. Trump a bouleversé les attentes indiennes concernant la nature de leur relation avec les États-Unis : celle-ci reposait sur un partenariat économique, un rôle marginal pour le Pakistan et une coopération dans la région indo-pacifique. Or, les droits de douane de M. Trump, ses liens étroits avec les dirigeants pakistanais et son désir apparent de cultiver des relations plus solides avec la Chine ont remis en cause toutes ces hypothèses, laissant l'Inde sans cadre de référence pour ses échanges avec Washington.

Les inquiétudes liées au rapprochement américano-chinois

La récente rencontre de M. Trump avec le président chinois Xi Jinping a ajouté aux inquiétudes de l'Inde quant à sa place dans la politique étrangère américaine. Plusieurs administrations américaines ont maintenu des liens avec l'Inde, le pays le plus peuplé du monde et l'une de ses économies les plus dynamiques, parce qu'elles la considéraient comme un contrepoids à la Chine. L'Inde jouait volontiers ce rôle, surtout sous M. Modi, qui avait noué une relation étroite avec M. Trump lors de son premier mandat.

Aujourd'hui, l'Inde craint de perdre sa valeur aux yeux des États-Unis et de devenir « jetable » si la relation américano-chinoise se stabilise, a expliqué M. Xavier. La rencontre entre MM. Trump et Xi, même si elle n'aboutit à rien, a rendu les responsables indiens anxieux à l'idée de devenir le « plan B » du président américain, un outil pour menacer la Chine quand il le souhaite. « La dispensabilité augmente et l'utilité diminue », a-t-il résumé.

Des paroles rassurantes sans actes forts

Durant sa visite, M. Rubio a insisté sur le fait que l'Inde était l'un des « partenaires les plus stratégiques des États-Unis dans le monde ». Le président Trump s'est joint à lui en distillant des éloges, s'invitant en direct à une réception à New Delhi dimanche pour qualifier M. Modi de « grand ami » et assurer l'Inde qu'elle pouvait compter sur lui. « Et tout ce que l'Inde veut, elle l'obtient », a-t-il affirmé.

Pourtant, de nombreux Indiens estiment obtenir le contraire de ce qu'ils souhaitent. Leurs étudiants et travailleurs sont pénalisés par les restrictions migratoires de l'administration Trump, que M. Rubio a défendues lors d'une conférence de presse, affirmant qu'il ne s'agissait pas d'« une politique ciblant les Indiens ».

Au-delà des discours rassurants, les analystes peinent à discerner ce que l'Inde a réellement obtenu de cette visite.

Quelques accords mineurs et un sommet du Quad

Les deux parties ont néanmoins signé un accord-cadre pour une coopération étroite sur la sécurisation des approvisionnements en minéraux critiques. Le ministère indien du Commerce a également annoncé mercredi qu'une délégation américaine se rendrait en Inde pour un nouveau cycle de négociations commerciales.

Signe de ses inquiétudes quant à ses relations avec Washington, New Delhi a conclu plusieurs partenariats avec d'autres pays, dont l'Union européenne.

Le dernier jour de la visite de M. Rubio a été consacré au Quad, un groupe composé des États-Unis, de l'Inde, du Japon et de l'Australie, censé renforcer la coopération maritime et garantir des routes commerciales sûres dans l'Indo-Pacifique. Bien que cela n'ait jamais été explicitement formulé, l'un des principaux objectifs du Quad était de faire contrepoids à l'influence de la Chine dans la région. Le sommet du Quad de cette semaine n'a pas semblé déboucher sur des avancées majeures. Les analystes estiment que le groupe ne peut fonctionner que si les États-Unis restent un participant actif, mais avec M. Trump concentré sur ses priorités avec la Chine, son niveau d'intérêt pour le Quad demeure incertain.