Une visite sous tension
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a effectué la semaine dernière une visite de quatre jours en Inde, dans le but de stabiliser des relations bilatérales mises à rude épreuve par des mois de frictions commerciales et des divergences stratégiques. Ce déplacement intervient alors que Washington cherche à renforcer ses liens avec New Delhi, confronté à une crise énergétique mondiale déclenchée par la guerre en Iran.
Les deux parties ont affirmé qu’elles se rapprochaient d’un accord commercial plus large, mais les analystes estiment que la confiance reste fragile. La relation, construite au fil des décennies, est entrée dans une phase plus transactionnelle et contestée sous l’effet de l’approche « America First » du président Donald Trump.
Des contentieux persistants
Les tensions commerciales entre Washington et New Delhi se sont accumulées ces derniers mois : tarifs douaniers sur les exportations indiennes, pression intense sur l’achat par l’Inde de pétrole russe à prix réduit, et durcissement des régimes de visas. Ces éléments ont nourri un profond malaise économique et politique en Inde.
Navtej Sarna, ancien ambassadeur de l’Inde aux États-Unis, a mis en garde contre l’illusion qu’une simple visite diplomatique puisse masquer une érosion fondamentale de la confiance. « La confiance est dans le rouge profond, les intérêts sont désalignés », a-t-il déclaré. « Les actions, les politiques et l’imprévisibilité des États-Unis nous ont profondément impactés sur le plan du commerce, de l’énergie, de l’immigration, etc. » Il a ajouté que « la place de l’Inde dans la vision stratégique américaine — régionale ou mondiale — n’est plus acquise » et qu’un « reset nécessitera bien plus de travail qu’une simple visite ».
Meera Shankar, une autre ancienne ambassadrice indienne aux États-Unis, a souligné que la visite de Rubio faisait suite à « une période de tension dans les relations indo-américaines marquée par des tarifs plus élevés, des régimes de visas plus stricts et des interrogations à New Delhi sur la fiabilité de Washington en tant que puissance d’équilibre dans l’Indo-Pacifique ».
La question énergétique et le pétrole russe
La crise énergétique mondiale provoquée par la guerre en Iran a contraint l’Inde à faire des choix urgents sur ses sources d’approvisionnement en pétrole et en gaz. Washington souhaite vendre davantage de combustibles à l’Inde, mais le brut russe reste moins cher. Par ailleurs, la Chine a dépassé les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de l’Inde.
Les inquiétudes géopolitiques
Les tensions américaines avec l’Iran et les ouvertures de Washington envers le Pakistan et la Chine ont renforcé les préoccupations de New Delhi quant à la constance de la politique étrangère américaine. L’Inde continue de poursuivre son autonomie stratégique en s’engageant avec de multiples partenaires.
Ajay Bisaria, ancien haut-commissaire indien au Pakistan, a relevé que « plusieurs irritants continuent de peser sur la relation. Les récentes ouvertures de Washington envers les dirigeants militaires pakistanais après les élections n’ont pas échappé à New Delhi ».
Les déclarations de Rubio
Lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre indien des Affaires étrangères S. Jaishankar, Marco Rubio a défendu les politiques commerciales agressives de Washington comme une nécessité mondiale plutôt qu’une attaque ciblée contre l’Inde. « Le président n’a pas dit : trouvons un moyen de créer des frictions avec l’Inde sur le commerce », a-t-il expliqué. « Le président a abordé la question en disant que nous devons rééquilibrer le commerce américain. » Il a précisé qu’il ne parlait pas spécifiquement de l’Inde, mais « plus globalement ».
Rubio a accompagné cette défense d’un geste d’apaisement, affirmant que les deux pays étaient « sur le point » de finaliser « très bientôt » un accord commercial durable.
Une relation à reconstruire
Selon les analystes, le véritable critère de succès de la visite de Rubio n’a jamais été une avancée spectaculaire, mais simplement le fait de stabiliser une relation qui s’était détériorée.