L'extraction de sable par Lafarge se poursuit dans les boucles de la Seine, dans l'Eure, où le géant du béton exploite depuis 2003 une moyenne de 1,5 million de tonnes de sable par an dans l'ancien méandre asséché de Muids. Cette production représente environ 20 % de la roche meuble normande. La multinationale vient d'ouvrir une nouvelle fosse de 192 hectares dans la commune voisine de Daubeuf-près-Vatteville, où pelleteuses et camions miniers grignotent chaque jour les terres agricoles. L'exploitation de ce site devrait se poursuivre jusqu'en 2031, sur une longueur de deux kilomètres.

Une opposition locale rejetée

Le projet de nouvelle fosse à Daubeuf ne s'est pas imposé sans heurts. En 2018, l'association Gandalf, créée par des habitants de la commune de 460 âmes, avait tenté de résister. « Lors de la réunion avec la sous-préfète des Andelys à cette époque, la moitié du village était présente. La population exprimait un refus net pour ce projet », se souvient Claire Paplorey, ancienne présidente de Gandalf. Malgré une vive mobilisation et des pancartes « Ils ne passeront pas », le recours déposé en 2019 contre l'arrêté préfectoral d'autorisation a été rejeté. « Au départ, les habitants étaient en colère. Quand ils ont demandé à être entendus, ça n'a pas été fait et les gens ont repris leur vie », regrette Claire Paplorey.

Conséquences environnementales

Fondée en 2023, l'association Muids nature environnement dénonce les « lourdes » conséquences des exploitations sur l'environnement et les habitants. Philippe Le Maignan, son fondateur, pointe la disparition de centaines d'hectares de terres agricoles et de bois. Des chênes de plus de 200 ans ont ainsi été déracinés pour convertir des prairies en champs cultivables. « Ils ont fini ici, ils vont là. Ils finissent là-bas, et ils vont encore ailleurs », s'indigne-t-il en montrant une carte des carrières actuelles et passées. Sur les deux communes de Muids et Daubeuf, ce sont 461 hectares qui ont été ou sont en passe d'être exploités depuis 2003.

Un paysage modifié

Dans les boucles de la Seine normande, l'extraction industrielle de sable remonte à l'après-guerre. Elle a fait apparaître des dizaines de lacs artificiels le long du fleuve. Les carrières Lafarge de la boucle de Muids sont les plus grandes de la région, mais d'autres compagnies comme Cemex ou la Stref possèdent aussi des installations. À Muids, une ancienne fosse exploitée jusqu'en 2024 a été remise en culture, tandis qu'un tapis roulant transporte désormais le sable extrait vers la nouvelle fosse via un passage sous une route de campagne.

Un avenir incertain

Les opposants craignent que l'activité ne s'étende encore après 2031. Philippe Le Maignan milite pour la fin de l'exploitation de la boucle de Muids. De son côté, Lafarge poursuit l'extraction sans avoir consulté les habitants, selon les associations. Le silence des pouvoirs publics face à ces extensions interroge les militants, qui estiment que l'industrie puissante avale les terres sans égard pour le cadre de vie et l'environnement.