Le long d'une vallée escarpée où la West Okement River gronde au fond, un bois surgit comme une oasis au milieu d'un paysage rasé par le pâturage. Les chênes trapus, aux racines couvertes de lichens épais et de mousses, forment le Black-a-Tor copse, un vestige de la forêt pluviale tempérée européenne datant de l'âge du bronze. Cette parcelle de 29 hectares (72 acres) offre un aperçu de la chênaie qui couvrait autrefois 20 % des îles Britanniques.

Aujourd'hui, seuls trois fragments de cette forêt subsistent sur le Dartmoor, et ils sont en mauvais état, affectés par des décennies de pâturage. Le Black-a-Tor copse, bien que remarquable, ne représente qu'une infime partie de ce qu'était cet habitat. La forêt pluviale tempérée est l'un des habitats les plus rares au monde, et sa restauration est devenue un enjeu majeur pour la biodiversité et le climat.

Une campagne pour doubler la superficie

C'est dans ce contexte que la Dartmoor Nature Alliance a lancé une campagne intitulée « Laissez ces forêts magnifiques reprendre vie ». L'objectif est de doubler la superficie de la forêt pluviale tempérée du Dartmoor, en étendant les petits îlots boisés qui subsistent. Le lancement a eu lieu à Black-a-Tor copse, au cœur du parc national du Dartmoor.

La campagne coïncide avec une annonce du duché de Cornouailles, qui prévoit d'étendre deux de ces enclaves de forêt ancienne. Le plan, encore en phase de conception, vise à reconnecter des parcelles isolées et à permettre à la forêt de se régénérer naturellement. Les détails précis des sites concernés n'ont pas été divulgués, mais ils s'inscrivent dans une stratégie plus large de conservation et de réensauvagement.

Un habitat en danger

La forêt pluviale tempérée britannique se caractérise par une humidité constante, des mousses et des lichens abondants, et une canopée de chênes, de bouleaux ou de sorbiers. Autrefois répandue sur la côte ouest des îles Britanniques, elle a été réduite à des fragments en raison de la déforestation, du surpâturage et de l'agriculture intensive. Les scientifiques estiment que sa restauration pourrait jouer un rôle clé dans la captation du carbone et la protection des espèces menacées.

Sur le Dartmoor, les trois bois restants – dont Black-a-Tor copse – sont considérés comme des « cathédrales naturelles » par les défenseurs de l'environnement. Leur état précaire a motivé l'appel lancé par la Dartmoor Nature Alliance, qui espère mobiliser le soutien du public et des autorités.

Un précédent encourageant

Le duché de Cornouailles, qui possède d'importantes étendues de terres sur le Dartmoor, a déjà entrepris des actions de restauration écologique ailleurs dans ses domaines. L'annonce d'une expansion de la forêt pluviale tempérée s'inscrit dans cette dynamique. Si le plan se concrétise, il pourrait servir de modèle pour d'autres sites en Angleterre et au Royaume-Uni.

La campagne « Laissez ces forêts magnifiques reprendre vie » entend peser sur les décisions politiques et inciter les propriétaires fonciers à agir. Alors que la crise climatique s'aggrave, la restauration des écosystèmes anciens apparaît comme une solution à la fois locale et globale.