L’Union européenne doit modifier son système d’adhésion pour tenir compte des spécificités de l’Ukraine, a déclaré le principal responsable de l’élargissement de l’UE. Cette annonce intervient alors que Kiev poursuit ses efforts pour rejoindre le bloc, dans un contexte marqué par la guerre avec la Russie.
Une réforme jugée nécessaire
Le commissaire européen chargé de l’élargissement a indiqué que le processus actuel, conçu pour des pays de plus petite taille et aux profils plus homogènes, n’est pas adapté à l’Ukraine, vaste pays de plus de 40 millions d’habitants. Il a souligné que l’UE doit repenser sa méthode d’intégration pour rester crédible et efficace, tout en préservant la qualité de l’élargissement.
Selon ce responsable, la procédure traditionnelle, qui exige de chaque candidat la reprise intégrale de l’acquis communautaire avant toute adhésion, pourrait être aménagée. Il a évoqué la possibilité d’une intégration progressive, par étapes, permettant à l’Ukraine de bénéficier de certains avantages de l’UE avant même la conclusion complète des négociations.
Les défis d’une intégration ukrainienne
L’Ukraine a obtenu le statut de candidat à l’UE en juin 2022, quelques mois après le début de l’invasion russe. Depuis, elle a entamé un vaste chantier de réformes, notamment en matière de lutte contre la corruption et de modernisation de son économie. Toutefois, l’ampleur de la tâche reste considérable. Le pays doit aligner sa législation sur des milliers de normes européennes, dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’énergie ou la justice.
Le chef de l’élargissement a également insisté sur la nécessité pour l’Ukraine de poursuivre ses réformes, en particulier dans le domaine de l’État de droit. Il a toutefois reconnu que le contexte de guerre complique cette tâche. L’UE doit, selon lui, faire preuve de flexibilité sans pour autant abaisser ses exigences fondamentales.
Des précédents et des réticences
L’idée d’une adhésion progressive n’est pas nouvelle. Elle a déjà été évoquée pour les pays des Balkans occidentaux, dont les processus d’élargissement stagnent depuis des années. Certains États membres, notamment la France et les Pays-Bas, se montrent prudents quant à un élargissement rapide, craignant qu’il ne dilue l’intégration européenne ou n’entraîne des tensions budgétaires.
Le commissaire a reconnu ces inquiétudes, mais a estimé que le statu quo n’est pas tenable. « Si nous ne changeons pas notre approche, nous risquons de perdre à la fois l’Ukraine et la confiance des citoyens européens », a-t-il déclaré. Il a appelé les États membres à engager un débat approfondi sur la réforme du processus d’adhésion, en vue d’un sommet prévu prochainement.
Quelles options pour l’avenir ?
Plusieurs pistes sont à l’étude. Parmi elles figurent la création de « communautés sectorielles » qui permettraient à l’Ukraine de participer à certaines politiques européennes (marché intérieur, union douanière, etc.) sans être membre à part entière. Une autre option consisterait à introduire des clauses de réversibilité, permettant de suspendre certains droits en cas de non-respect des engagements.
Le calendrier précis d’une éventuelle adhésion ukrainienne reste flou. Les négociations officielles n’ont pas encore débuté, et les experts estiment qu’elles pourraient prendre plus d’une décennie. Mais le chef de l’élargissement a insisté sur l’urgence politique : « L’Ukraine se bat pour ses valeurs et pour les nôtres. L’Europe doit lui offrir une perspective crédible. »
Cette déclaration intervient alors que plusieurs capitales européennes, notamment à l’Est, poussent pour un processus accéléré, tandis que d’autres appellent à la prudence. Le débat sur l’élargissement s’annonce comme l’un des sujets centraux des prochains mois à Bruxelles.