Des coûts qui s’accumulent

Près d’un an après que le département de l’Énergie a commencé à émettre des ordres d’urgence pour empêcher la fermeture de centrales à charbon vieillissantes, les conséquences financières se précisent. Selon un document réglementaire déposé auprès d’un régulateur fédéral de l’énergie, l’exploitation — ou plutôt le maintien en l’état — d’une seule centrale à charbon a déjà généré des dépenses colossales. TransAlta, une société énergétique basée au Canada, propriétaire de la centrale de Centralia, dans l’État de Washington, a ainsi demandé 20 millions de dollars (environ 18,6 millions d’euros) de remboursement pour seulement trois mois de conformité à un ordre d’urgence, alors même que la centrale n’a brûlé aucune tonne de charbon depuis l’émission de l’ordre en décembre.

Le prix de l’immobilisation

Plus de la moitié de cette somme, soit environ 11,6 millions de dollars, est destinée aux stocks de combustible. L’ordre d’urgence a été émis alors que la centrale disposait de 98 063 tonnes de charbon, suffisamment pour neuf ou dix jours de fonctionnement, en attendant un nouveau train de livraison. La centrale a demandé 4,6 millions de dollars de remboursement pour ce « combustible déjà acquis ». Mais le problème est que, si l’ordre d’urgence expire, la centrale pourrait se retrouver avec un stock de charbon inutilisable. TransAlta a donc également demandé 7 millions de dollars pour se débarrasser du charbon restant et le mettre en décharge près de la frontière de l’Oregon, n’ayant trouvé aucun acheteur.

À ces coûts uniques s’ajoutent des frais récurrents de 8 millions de dollars à chaque renouvellement de l’ordre d’urgence par le département de l’Énergie. Ces frais incluent 4,5 millions de dollars pour les salaires et traitements, 1 million de dollars pour du matériel (outils, produits chimiques, lubrifiants) et 354 000 dollars pour les assurances. L’ordre d’urgence a été renouvelé pour une deuxième période de 90 jours en mars.

Le coût d’un redémarrage hypothétique

La centrale de Centralia n’a pas produit d’électricité pendant des mois, mais la remettre en marche nécessiterait d’importants investissements. TransAlta n’a pas encore demandé de remboursement pour ces coûts hypothétiques, mais le document fournit des estimations. Un premier « démarrage à froid » reposerait en partie sur des stocks de diesel. Ensuite, chaque redémarrage nécessiterait 75 000 gallons (environ 284 000 litres) de diesel et 3 200 mégawattheures d’électricité, pour un coût d’environ 600 000 dollars.

La réaction de l’État de Washington

L’ordre d’urgence du département de l’Énergie vise à prévenir des pannes lors des périodes de pointe de demande, selon l’administration, mais il a suscité l’incompréhension à Washington. En 2011, TransAlta avait conclu un accord avec les législateurs de l’État pour fermer la centrale, qui devait être la dernière centrale à charbon de l’État à cesser ses activités. Depuis le 1er janvier, les services publics locaux sont interdits de fournir de l’électricité issue du charbon à leurs clients. Ainsi, même si la centrale redémarrait, elle pourrait avoir du mal à trouver des clients à proximité. La centrale a d’ailleurs annoncé son intention de se convertir au gaz naturel.

Le représentant de l’État, Joe Fitzgibbon, un démocrate, a parrainé un projet de loi visant à soumettre la centrale au programme de plafonnement et d’échange de l’État ainsi qu’à d’autres taxes et redevances. La loi, signée en mars, a des effets directs sur les comptes de TransAlta : une nouvelle taxe sur les ventes ajoute 87 cents par tonne de charbon, et une « charge environnementale et d’émissions » de 77,59 dollars par mégawattheure double le coût de production de chaque unité d’électricité. « Nous sommes assez confiants qu’avec notre nouvelle loi, la centrale ne recommencera pas à brûler du charbon », a déclaré Fitzgibbon.

Des implications plus larges

Au-delà de Centralia, d’autres centrales affectées par les ordres d’urgence pourraient devoir investir massivement dans leurs installations si les renouvellements se poursuivent. Lors d’une audience réglementaire récente, un dirigeant a estimé que sa centrale de l’Indiana nécessitait plus de 100 millions de dollars d’investissements pour fonctionner à pleine capacité. Au final, ce sont très probablement les consommateurs d’électricité qui supporteront l’essentiel de ces coûts. Les États de Washington et neuf groupes à but non lucratif ont déposé une plainte contre ces ordres d’urgence, et une audience était prévue le vendredi suivant la date de l’article. L’Environmental Protection Agency a également proposé d’affaiblir sa réglementation sur la pollution de l’eau pour les centrales à charbon.