La controverse autour de l'influence de Vincent Bolloré sur le paysage médiatique et culturel français a pris un nouveau tournant. Après la publication, la semaine dernière, d'une tribune signée par plus de 600 professionnels du cinéma – réalisateurs, acteurs, producteurs, scénaristes – dénonçant ce qu'ils décrivent comme une « emprise » croissante du milliardaire sur l'industrie, la famille Bolloré a réagi de manière inattendue. C'est le fils aîné, Cyrille Bolloré, qui a pris la parole dans une déclaration transmise lundi soir.
Dans ce texte, Cyrille Bolloré, qui dirige le groupe Bolloré, évoque un climat « d'agitation et d'énervement » autour de son père, qu'il juge disproportionné. « Il n'y a pas de projet politique, pas de plan de conquête », affirme-t-il, répondant directement aux accusations portées par les signataires de la tribune. Ces derniers, dans leur texte intitulé « Je suis une artiste, pas une idéologie » (traduction libre du titre original « I'm an artist, not an ideology »), dénonçaient une mainmise idéologique et financière. Il lance un appel à « l'apaisement ».
Une tribune aux accents politiques La tribune publiée dans la presse nationale avait provoqué un vif débat dans le milieu culturel. Les 600 signataires, parmi lesquels des figures reconnues du cinéma français, accusaient Vincent Bolloré d'utiliser ses médias (Canal+, CNews, Europe 1) pour diffuser une « vision réactionnaire et anti-démocratique » de la société. Ils craignaient que cette influence ne s'étende à la production cinématographique, via la filiale de Canal+ et ses engagements dans le financement du 7ᵉ art. « Vincent Bolloré n'est plus seulement un magnat de la presse, il devient un acteur politique par procuration », écrivaient-ils, appelant autorités et parlementaires à se saisir du dossier.
La réponse de l'intéressé Cyrille Bolloré, qui répond donc au nom de la famille, ne se prononce pas directement sur le contenu éditorial de CNews ou Canal+, mais insiste sur une séparation stricte entre les activités industrielles et les opinions personnelles des dirigeants. « Mon père est un entrepreneur, pas un idéologue », assure-t-il. Il évoque également un sentiment d'incompréhension face à cette mobilisation. « Chaque jour, des milliers de techniciens, de producteurs et d'artistes travaillent avec nos équipes pour créer des films. Il est absurde de penser que tout cela serait dicté par une seule volonté politique. »
Un appel qui peine à convaincre Si le message de Cyrille Bolloré se veut conciliant, il n'a pas totalement apaisé les tensions. Plusieurs signataires de la tribune, contactés par l'AFP, ont réaffirmé leur position. « Les faits sont là : les chaînes du groupe Bolloré sont devenues des vecteurs de propagande d'extrême droite. Nier cette réalité, c'est refuser de voir la transformation profonde du paysage médiatique français », a déclaré l'un d'eux sous couvert d'anonymat. D'autres regrettent que la réponse vienne du fils et non du principal intéressé, Vincent Bolloré lui-même, qui reste silencieux.
Un débat qui n'est pas clos L'affaire relance la question sensible du lien entre médias, pouvoir économique et influence politique en France. Le groupe Bolloré, via sa filiale Vivendi, contrôle un ensemble de médias qui pèsent lourd dans le débat public. Les appels à une régulation plus stricte du pluralisme des médias se multiplient, portés par une partie de la classe politique et de la société civile. Pour l'heure, la réponse de Cyrille Bolloré – « Non, il n'y a pas de projet politique » – semble surtout marquer une tentative de déminer une polémique qui menace de s'enraciner. Le cinéma français, lui, reste divisé.