Le constat est largement documenté dans la recherche universitaire : les femmes sont statistiquement plus nombreuses que les hommes à se déclarer préoccupées par le changement climatique. Ce phénomène, souvent désigné sous le terme de « fossé vert » ou « écart de genre climatique », ne cesse de se creuser à mesure que les pays s'enrichissent. Une analyse des causes de cette divergence met en lumière des facteurs identitaires, économiques et politiques.
Un écart qui s'accentue avec la richesse nationale
La politologue Amanda Clayton, de l'Université de Californie, s'est penchée sur cette question. Ses travaux indiquent que « le fossé entre les genres augmente en fonction de la richesse du pays ». Ce n'est pas que les femmes deviennent soudainement plus inquiètes dans les nations prospères. « En réalité, ce sont les hommes qui ont tendance à diminuer leur inquiétude face au changement climatique à mesure que les pays s'enrichissent », explique-t-elle. « Le fossé croissant entre les genres est en fait un scepticisme croissant chez les hommes. »
Pétro-masculinité et peur du coût de la transition
Plusieurs explications sont avancées pour comprendre ce retrait masculin. L'une d'elles réside dans la crainte des coûts — à la fois financiers et culturels — de la transition vers une énergie propre. Ces coûts seraient perçus comme particulièrement menaçants pour les hommes élevés dans l'attente traditionnelle d'être le pourvoyeur de revenus du foyer. Le politologue remarque que le changement climatique est devenu un enjeu fortement politisé dans les pays riches. « Lorsque le changement climatique devient une question politique à droite, nous voyons les élites politiques et industrielles commencer à promouvoir des croyances climatosceptiques », précise-t-elle.
Cette politisation s'accompagne de discours ciblant davantage les hommes que les femmes, notamment autour de la menace que représenterait l'abandon des véhicules à essence ou des emplois dans le secteur des combustibles fossiles, un domaine très masculinisé. La combustion du pétrole, du gaz et du charbon devient alors partie intégrante d'une identité que certains chercheurs qualifient de « pétro-masculinité ».
Un parcours personnel illustratif
L'histoire de Mike Smith, un ancien pilote de chasse de la marine américaine, offre une illustration de ce que pourrait être une prise de conscience tardive. Après plus d'une décennie passée à piloter des avions de chasse et à participer à des missions de missiles de croisière, il a opéré ce qu'il décrit comme un « virage difficile » hors de la marine. Il a choisi d'échanger sa vie de déploiements et d'opérations militaires contre la plantation d'arbres et le développement durable.
Les racines de ce changement remontent à son enfance. À neuf ans, il avait assisté à un immense incendie de forêt près de chez lui, dans le centre de l'Idaho. Le feu de Lowman, bien que modeste par rapport aux standards actuels, lui avait paru apocalyptique, formant un nuage en forme de champignon nucléaire. « J'ai eu l'impression que tout l'État était en feu à ce moment-là. Cela a été très, très mémorable pour moi », se souvient-il.
Plus de vingt ans plus tard, de retour dans l'Idaho avec sa femme, il a retrouvé les terres de son enfance toujours noircies. « Ce qui est devenu choquant, c'était de voir la chose qui n'avait pas changé. C'était juste noir, encore de la terre noire, 22 ans plus tard », raconte-t-il. Il a alors fondé une entreprise de reforestation post-incendie pour la production de crédits carbone, participé à la plantation de plusieurs millions d'arbres et créé une entreprise de technologie climatique aidant les entreprises à réduire leurs émissions.
Un constat partagé
Au cours de ce parcours, Mike Smith a observé une présence féminine bien plus forte que masculine dans le secteur climatique. Ce constat, loin d'être anecdotique, est le reflet d'une tendance sociétale profonde. La dichotomie entre les sexes face à l'urgence écologique soulève des questions sur la manière de mobiliser l'ensemble de la population, indépendamment des identités de genre, pour faire face à un défi collectif.