Le monde serait au bord d'une crise financière d'une ampleur potentiellement inédite, et la situation politique américaine rend les gouvernements incapables d'y répondre de manière adéquate, alerte une analyse économique publiée ces derniers jours.

Depuis l'effondrement du marché immobilier américain en 2007, aucune véritable crise financière n'a secoué l'économie mondiale. Même la pandémie de Covid-19 et la flambée d'inflation qui a suivi n'ont pas provoqué de déstabilisation systémique. Les secousses consécutives à la faillite de la Silicon Valley Bank en 2023 ont rapidement été digérées par les marchés. Pourtant, selon l'analyse, cette apparente accalmie ne doit pas faire illusion : les conditions actuelles annoncent un moment de retournement financier qui pourrait bien éclipser les dégâts de la dernière grande crise.

Une réponse politique jugée dangereuse

Ce qui préoccupe le plus les auteurs de cette analyse n'est pas tant la nature précise de la crise à venir que l'incompétence avec laquelle elle sera vraisemblablement gérée. La vie politique américaine garantirait presque à coup sûr une réponse désastreuse de l'administration fédérale, dictée par les appétits et les animosités du président Donald Trump. "Nous regardons vers un avenir sans précédent, où une crise financière comme le monde n'en a jamais vu susciterait la réponse gouvernementale la plus autodestructrice jamais vue", prévient le texte.

À Washington, la polarisation et la défiance réciproque paralysent toute capacité d'action collective. La politique monétaire, budgétaire et réglementaire risquerait d'être guidée par des considérations partisanes plutôt que par la nécessité de stabiliser l'économie. Cette impasse intérieure est d'autant plus préoccupante que les États-Unis occupent une place centrale dans le système financier mondial.

Des répercussions mondiales redoutées

Au-delà des frontières américaines, le même phénomène de défiance mine la coopération internationale. Les espaces de dialogue et de coordination entre les grandes puissances économiques se sont rétrécis, rendant peu probable une réponse coordonnée à un choc global. Selon l'analyse, des réactions tout aussi myopes de la part des autres gouvernements pourraient amplifier les dommages initiaux.

Maurice Obstfeld, ancien chef économiste du Fonds monétaire international, a souligné que la paralysie politique et l'absence de confiance entre les acteurs compliquent gravement toute tentative de prévention ou de gestion de crise. Les institutions multilatérales, déjà affaiblies, pourraient se révéler incapables d'enrayer une spirale de panique.

Un scénario aux conséquences incertaines

L'analyse ne prédit pas le déclencheur précis de la crise, mais insiste sur la vulnérabilité d'un système où les autorités ont perdu leur crédibilité et leur capacité d'action. L'accumulation de dettes souveraines, la fragilité de certains secteurs bancaires et la volatilité des marchés d'actifs sont autant de facteurs de risque déjà identifiés, mais que les divisions politiques empêchent de traiter en amont.

Les investisseurs et les citoyens sont ainsi confrontés à une double menace : non seulement la matérialisation d'un choc financier, mais aussi l'absence de filet de sécurité institutionnel. Si les banques centrales ont montré leur efficacité lors des crises précédentes, leur marge de manœuvre semble aujourd'hui réduite face à des pressions politiques croissantes.

Cette alerte intervient alors que l'administration Trump poursuit une politique économique marquée par des tensions commerciales et une dérégulation financière. Les critiques estiment que ces choix accroissent les déséquilibres et fragilisent davantage l'architecture de régulation mise en place après 2008.

Dans un contexte mondial marqué par les conflits géopolitiques et les incertitudes climatiques, l'analyse conclut que l'humanité pourrait bien vivre une crise dont les conséquences dépasseront tout ce qu'elle a connu depuis la Grande Dépression, si les gouvernements ne retrouvent pas rapidement la voie de la coopération et de la raison économiques.