Le pape Léon XIV a publié lundi sa première encyclique, intitulée « Magnifica Humanitas », un document de quelque 42 300 mots dans sa version anglaise. Adressée à « toutes les personnes de bonne volonté », elle constitue une intervention majeure du chef de l'Église catholique dans le débat sur l'intelligence artificielle et ses effets sur l'humanité.
Le pape y expose sa vision pour les dirigeants d'entreprises, les responsables politiques et les citoyens qui façonneront – et seront façonnés par – l'avenir de l'IA. Il prévient contre les conséquences les plus disruptives de cette technologie, tout en rappelant que « la technologie ne doit pas être considérée, en soi, comme une force antagoniste à l'humanité ». Toutefois, ajoute-t-il, « la recherche de profits plus élevés ne peut justifier des choix qui sacrifient systématiquement des emplois ».
Une présentation symbolique aux côtés d'un expert en IA
Le pape a présenté l'encyclique dans une salle comble du Vatican, aux côtés de Christopher Olah, cofondateur d'Anthropic, une entreprise majeure de développement d'IA. Ce geste symbolique visait à illustrer un dialogue entre les mondes spirituel et technologique. Léon XIV a déclaré que ses réflexions avaient été nourries par des conversations avec des scientifiques, des ingénieurs et des responsables politiques. Il s'est engagé à travailler avec M. Olah pour « trouver un chemin pour l'humanité en ce temps d'intelligence artificielle ».
Cinq domaines d'action prioritaires
L'encyclique formule plusieurs appels concrets. Le pape demande une régulation publique des entreprises privées qui pilotent le développement de l'IA, ainsi que des mesures de protection et de reconversion pour les travailleurs dont les emplois sont menacés. Il insiste sur la nécessité d'une éducation permettant aux élèves de développer un regard critique sur la technologie. Il appelle aussi à des actions pour protéger les enfants des contenus violents, hypersexualisés ou faux en ligne, souvent générés par l'IA. Enfin, il exige des garanties pour que les humains, et non l'intelligence artificielle, restent responsables de toute décision concernant l'usage des armes.
Un plaidoyer pour le travail et la dignité humaine
Au cœur du document se trouve une défense du rôle social fondamental de chaque être humain. « Une société qui ne garantit un emploi qu'à une petite fraction de la population, malgré un haut niveau de développement technique, risque d'exposer beaucoup à une inactivité forcée », écrit le pape. « Cela crée un paradoxe de progrès matériel et de régression anthropologique qui sape les fondements d'une paix sociale juste et stable », ajoute-t-il.
L'encyclique « Magnifica Humanitas » se veut un appel à la responsabilité collective face à une technologie qui transforme déjà les sociétés. Le pape Léon XIV, élu en 2025, fait de la régulation de l'IA l'un des axes majeurs de son magistère, dans la continuité des préoccupations exprimées par ses prédécesseurs sur les dérives du progrès technique.