Une crise de l’emploi débutant
Le patron du géant britannique de la distribution Next, Lord Wolfson, a mis en garde contre une « baisse spectaculaire » du nombre d’emplois accessibles aux jeunes sans expérience. Selon lui, le nombre moyen de candidatures pour chaque poste en magasin est passé de dix à dix-neuf en seulement deux ans, signe d’un chômage des jeunes « très grave ». Les dernières statistiques officielles font état d’un taux de chômage de 16,2 % chez les 16-24 ans, le plus élevé depuis 2014 et plus de trois fois supérieur au taux général de 5 %.
Des causes multiples
Lord Wolfson attribue cette dégradation à une combinaison de facteurs : la hausse des cotisations sociales patronales décidée dans le budget, l’augmentation du salaire minimum, et les futures réformes du droit du travail. Il estime que ces mesures alourdissent le coût du travail et dissuadent les entreprises de créer des postes peu qualifiés, en particulier à temps partiel. Next a vu sa masse salariale augmenter de 70 millions de livres par an à cause de ces politiques.
La réponse du gouvernement
Un porte-parole du Trésor a défendu la hausse du salaire minimum, affirmant qu’elle a amélioré les revenus de plus de 200 000 jeunes travailleurs. Il a également rappelé que les cotisations patronales sont réduites pour l’embauche des moins de 21 ans. « Baisser les salaires des plus bas salaires en période d’incertitude mondiale n’est pas la solution », a-t-il déclaré, ajoutant qu’un programme de soutien à l’emploi des jeunes doté de 2,5 milliards de livres doit créer un million d’opportunités à travers le pays.
Du côté du ministère des Affaires et du Commerce, on souligne que le budget a permis de stabiliser l’économie. Un porte-parole a ironisé sur le salaire de Lord Wolfson – plus de 7 millions de livres l’an dernier – pour estimer qu’il devrait comprendre l’importance des mesures en faveur de la sécurité financière des travailleurs.
L’impact sur Next et l’automatisation
Malgré ces difficultés, Next affiche une santé financière solide : le groupe a relevé ses prévisions de bénéfice annuel à 1,2 milliard de livres, avec des ventes en hausse de 6,2 % au premier trimestre. Lord Wolfson rejette l’idée que l’entreprise privilégie ses actionnaires au détriment de ses employés, précisant que le dividende moyen versé à un épargnant individuel sera d’environ 300 livres par an.
Face à la hausse des coûts, Next a réduit le nombre de salariés par magasin et accéléré le recours à l’automatisation, comme les casiers libre-service pour les retours de colis. Lord Wolfson prévient que les nouvelles obligations légales – notamment l’obligation d’offrir des heures garanties aux travailleurs occasionnels – rendront plus difficile l’attribution d’heures supplémentaires en période de forte affluence, ce qui pénalisera les étudiants et la qualité du service.
Des solutions structurelles
Plutôt que de cibler uniquement le chômage des jeunes, Lord Wolfson appelle à des réformes globales pour stimuler la croissance économique : assouplissement des règles d’urbanisme, baisse des coûts de l’énergie et amélioration des réseaux de transport. Il donne l’exemple du prix d’un acre de terrain agricole dans le sud-est de l’Angleterre (15 000 livres) qui bondit à 1,5 million de livres une fois le permis de construire obtenu. « Si le gouvernement levait le pied sur les freins, nous pourrions avoir une économie qui croît beaucoup plus vite », conclut-il.
Le Trades Union Congress (TUC) défend pour sa part la réforme des contrats zéro heure, estimant qu’elle apportera une sécurité indispensable aux travailleurs précaires sans pénaliser les emplois saisonniers.