Dans le cadre des négociations diplomatiques en cours, la question des avoirs iraniens gelés à l'étranger refait surface. Téhéran cherche à obtenir le déblocage de quelque 24 milliards de dollars qui sont actuellement immobilisés dans plusieurs pays. Ces fonds, issus principalement de ventes de pétrole et d'autres transactions commerciales, avaient été gelés en raison des sanctions internationales imposées à l'Iran, notamment pour son programme nucléaire.

Une répartition géographique de ces avoirs

Selon les informations disponibles, ces actifs sont répartis dans plusieurs pays, principalement en Asie et en Europe. Une grande partie de ces fonds se trouverait en Chine, en Corée du Sud, au Japon et en Inde, soit des pays qui étaient autrefois d'importants acheteurs de pétrole iranien avant le durcissement des sanctions. En échange de leurs achats de brut, ces nations avaient versé des sommes sur des comptes dédiés, mais les restrictions bancaires ont ensuite empêché l'Iran d'y accéder librement. Le montant exact détenu par chaque pays n'est pas systématiquement rendu public, mais les autorités iraniennes évoquent régulièrement des chiffres globaux qui s'élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

D'autres montants seraient également bloqués en Europe, notamment dans des banques suisses et luxembourgeoises, ainsi que dans certaines institutions financières au Royaume-Uni. Ces fonds proviendraient de placements financiers antérieurs ou de paiements pour des livraisons déjà effectuées.

Un enjeu central des pourparlers

Dans le cadre des discussions actuelles, le déblocage de ces 24 milliards de dollars est une revendication majeure de la part de Téhéran. Les autorités iraniennes estiment que ces sommes sont légitimement acquises et que leur rétention constitue une entrave à l'économie nationale, déjà lourdement affectée par les sanctions. Les responsables iraniens plaident pour que ces fonds soient libérés progressivement, en échange d'engagements sur la transparence de leur utilisation et sur des mesures de confiance concernant le programme nucléaire.

Pour les pays qui détiennent ces avoirs, la situation est délicate. D'un côté, ils subissent des pressions diplomatiques de la part des États-Unis et de leurs alliés pour maintenir le gel des fonds tant que l'Iran n'aura pas satisfait à certaines exigences sécuritaires. De l'autre côté, certains de ces États, notamment en Asie, entretiennent des relations commerciales historiques avec l'Iran et pourraient être tentés de faciliter un déblocage partiel pour renouer ces liens économiques.

Des précédents et des mécanismes de libération

Des précédents existent concernant la libération d'avoirs gelés iraniens. En août 2023, un accord avait été conclu entre les États-Unis et l'Iran, par l'intermédiaire du Qatar, pour un échange de prisonniers. Dans ce cadre, environ 6 milliards de dollars de fonds iraniens détenus en Corée du Sud avaient été transférés vers des comptes au Qatar, sous supervision, pour être utilisés à des fins humanitaires. Ce mécanisme avait montré qu'une libération conditionnelle était possible, mais il avait également suscité des critiques aux États-Unis, certains estimant que cela équivalait à payer une rançon.

Le précédent qatari pourrait servir de modèle pour un futur accord plus large. L'idée serait de transférer progressivement les fonds vers des comptes sous contrôle international, avec des restrictions d'utilisation limitées aux achats de biens humanitaires (nourriture, médicaments) ou à des investissements non sensibles. Cependant, la somme de 24 milliards de dollars est bien plus élevée et implique des mécanismes de surveillance plus complexes.

Des implications économiques pour l'Iran

Pour l'Iran, le déblocage de ces fonds représenterait une bouffée d'oxygène bienvenue. L'économie iranienne souffre d'une inflation élevée, d'une monnaie dépréciée et d'un chômage important. L'injection de plusieurs milliards de dollars pourrait aider à stabiliser la monnaie nationale (le rial) et à financer des importations essentielles. Le gouvernement iranien a déjà indiqué que ces fonds seraient utilisés en priorité pour acheter des produits de première nécessité et pour soutenir les secteurs industriels en difficulté.

Cependant, les critiques estiment que ces fonds pourraient aussi être utilisés pour financer des activités de déstabilisation régionale par l'intermédiaire de groupes alliés à l'Iran, comme le Hezbollah ou les Houthis. C'est pourquoi les pays occidentaux insistent sur la nécessité de contrôler strictement l'usage de ces avoirs dégelés.

Une solution encore lointaine

Malgré les discussions en cours, la perspective d'un déblocage total et rapide des 24 milliards de dollars semble encore lointaine. Les désaccords persistent sur le calendrier, les conditions et le contrôle de l'utilisation des fonds. Les fortes tensions géopolitiques entre l'Iran et les États-Unis, ainsi que les divergences au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, compliquent la recherche d'un accord global. Les négociations se poursuivent, mais chaque camp campe sur ses positions, faisant de ces avoirs gelés l'un des principaux points de friction des pourparlers de paix.

En attendant, les 24 milliards de dollars restent bloqués, symboles à la fois des relations difficiles entre l'Iran et la communauté internationale et des espoirs de relance économique pour le pays.