Cinq biomarqueurs grimpent, cinq dégringolent : le corps vieillit à pas mesurés

La sensation de récupération plus longue après un effort, l'essoufflement dans un escalier, un rhume qui traîne une semaine de plus… Chacune de ces impressions quotidiennes a une traduction biologique. Une analyse récente de données biologiques, portant sur des milliers de profils, a classé les biomarqueurs qui évoluent le plus fortement avec l'âge. Les résultats mettent en lumière cinq marqueurs qui augmentent et cinq qui diminuent, avec des variations souvent infimes d'une année sur l'autre mais spectaculaires cumulées sur plusieurs décennies.

Le déclin rénal, signal le plus net

Le biomarqueur qui chute le plus vite est le débit de filtration glomérulaire estimé (eGFR), mesure standard de la capacité des reins à filtrer le sang. Selon les données, il perd environ 6 à 7 points par décennie après 20 ans, passant d'une valeur typique de 110 mL/min/1,73 m² à la vingtaine à environ 75 à la quatre-vingtaine. Cette corrélation avec l'âge (r = -0,51) est presque deux fois plus forte que celle du deuxième marqueur. Cette observation rejoint les conclusions de la Baltimore Longitudinal Study of Aging, qui suit la même érosion depuis des décennies.

La pente moyenne cache cependant une grande variabilité. Environ un tiers des adultes âgés en bonne santé ne présentent pratiquement aucun déclin mesurable de leur fonction rénale sur des décennies. Les facteurs qui distinguent ces « préservés » sont bien connus : une pression artérielle bien contrôlée, une glycémie et une hémoglobine glyquée (HbA1c) dans les normes, l'absence de protéines dans les urines et l'évitement de la prise chronique d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

La glycémie et la taille des globules rouges augmentent

L'HbA1c, qui reflète la glycémie moyenne des trois derniers mois, augmente d'environ 0,1 % par décennie. Une personne de 25 ans avec une HbA1c à 5,0 se situera ainsi autour de 5,5 à 70 ans, même sans diabète. Cette hausse est due à une baisse de la sensibilité à l'insuline, à une réponse plus lente des cellules bêta du pancréas et à une accumulation de graisse viscérale. Une partie est aussi mécanique : les globules rouges vivent plus longtemps chez les personnes âgées, ce qui laisse plus de temps au glucose pour se fixer sur l'hémoglobine. Cette tendance n'est pas inéluctable : les sportifs d'endurance, les personnes qui maintiennent un tour de taille stable et celles qui pratiquent une musculation régulière parviennent à aplatir la courbe.

Parmi les cinq marqueurs qui grimpent le plus, deux concernent la taille des globules rouges : le volume corpusculaire moyen (VGM) et l'hémoglobine corpusculaire moyenne (HCM). Le VGM augmente d'environ un femtolitre par décennie, passant de la basse quatre-vingtaine à la basse quatre-vingt-dixaine, le plus souvent dans les limites de la normale. Les causes principales sont des carences subcliniques en vitamine B12 ou en folates, une hypothyroïdie modeste, et la consommation régulière d'alcool. Le VGM est d'ailleurs un marqueur plus sensible que les enzymes hépatiques pour détecter une consommation chronique d'alcool.

Le vieillissement immunitaire visible dans le sang

Deux des cinq marqueurs qui chutent le plus sont en fait la même donnée mesurée de deux façons : le pourcentage de lymphocytes et le nombre absolu de lymphocytes. Tous deux baissent régulièrement, d'environ 100 cellules par microlitre par décennie. C'est la signature sanguine de l'immunosénescence : le thymus rétrécit, la production de lymphocytes T naïfs ralentit, et le pool lymphocytaire se déplace progressivement vers des cellules mémoire. Des taux plus bas sont associés à une moins bonne réponse aux vaccins, à une récupération plus lente après une infection virale et à une mortalité accrue dans l'année suivant une hospitalisation.

L'exercice physique semble être le seul levier démontré pour ralentir ce déclin. Une étude menée sur des cyclistes de 70 à 80 ans pratiquant depuis toujours montre que l'entraînement d'endurance préserve la production de lymphocytes T naïfs et la masse thymique à des niveaux proches de ceux de personnes dans la vingtaine. La pratique régulière d'exercices aérobies et de résistance, même commencée à la cinquantaine, ralentit la dérive lymphocytaire plus efficacement que n'importe quelle intervention pharmacologique actuellement disponible.

Les ratios lipidiques : une fausse bonne nouvelle

Les deux derniers marqueurs dans la liste des cinq qui baissent sont les ratios LDL/cholestérol total et cholestérol total/HDL. Leur dérive à la baisse modeste ne signifie pas que le risque cardiovasculaire diminue. En réalité, le LDL absolu reste stable tout au long de la vie adulte. C'est la légère hausse du HDL et la modification des particules riches en triglycérides qui font varier les fractions. Pour suivre le risque cardiovasculaire, c'est le LDL absolu – ou mieux, l'apolipoprotéine B (ApoB) – qu'il faut surveiller.

Des pentes qui ne sont pas des fatalités

L'ensemble de ces données rappelle que beaucoup de ces évolutions, bien que statistiquement moyennes, ne sont pas inéluctables. Les écarts entre individus sont larges, et des facteurs modifiables – alimentation, exercice, contrôle de la pression artérielle et du poids, modération de l'alcool – peuvent ralentir, voire bloquer, certaines de ces pentes. Comme le résume l'analyse, le corps tient les comptes bien avant que l'on ne prenne conscience du temps qui passe.