Une situation financière critique

La verrerie emblématique Duralex, symbole du savoir-faire français, s'apprête à demander son placement en redressement judiciaire. Selon des informations concordantes, l'entreprise doit déposer une requête en ce sens lundi prochain auprès du tribunal de commerce d'Orléans. La situation économique est décrite comme « catastrophique » par des sources proches du dossier, certains salariés n'ayant perçu que la moitié de leur dernier salaire. L'entreprise, qui emploie 243 personnes, connaîtrait ainsi son cinquième redressement judiciaire en une vingtaine d'années.

Un contexte de reprise en coopérative fragilisé

Duralex avait été reprise il y a deux ans sous forme de société coopérative et participative (Scop) par ses salariés, après avoir échappé de peu à la disparition en avril 2024. Cette reprise avait suscité un vaste élan de solidarité : à l'automne dernier, une levée de fonds de 5 millions d'euros avait recueilli en quelques heures plus de 20 millions d'euros de promesses d'investissement, témoignant de l'attachement du public à la marque.

Le départ du directeur général et des objectifs jugés intenables

La situation s'est toutefois dégradée après l'annonce, mi-avril, du départ du directeur général François Marciano, figure emblématique de la reprise en Scop. Ce dernier avait fixé des objectifs ambitieux pour retrouver l'équilibre financier : un chiffre d'affaires de 35 millions d'euros à atteindre en 2026 ou 2027, puis 39 millions d'euros en 2030. Plusieurs observateurs estimaient ces prévisions « intenables ».

Un audit de l'État en cours

Le ministère de l'Économie avait indiqué vendredi qu'un audit de l'entreprise était en cours, à la demande de l'État, en raison d'une situation de trésorerie « tendue ». Cet audit vise à évaluer la viabilité de l'entreprise et à déterminer les éventuels soutiens publics.

Un outil industriel historique

Fondée en 1945, Duralex a inventé le verre trempé et produit les fameux verres réputés incassables, vendus dans le monde entier. La marque bénéficie d'une notoriété exceptionnelle et d'un fort capital sympathie, mais peine à convertir cette popularité en rentabilité durable, dans un secteur du verre soumis à une concurrence internationale intense et à des coûts énergétiques élevés.

Des précédents inquiétants

Ce nouveau placement en redressement judiciaire s'inscrit dans une série de difficultés pour des entreprises historiques françaises. Il survient alors que les librairies Gibert, autre enseigne emblématique, ont également annoncé leur intention de demander un redressement judiciaire fin avril 2026, illustrant les fragilités de certains acteurs patrimoniaux du commerce et de l'industrie.

Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir de Duralex. Le tribunal de commerce d'Orléans devra se prononcer sur la demande de placement en redressement judiciaire, qui ouvre une période d'observation durant laquelle un plan de continuation pourra être élaboré, ou, en cas d'échec, une cession ou une liquidation pourraient être envisagées.