Les investissements mondiaux dans le secteur pétrolier devraient reculer pour la troisième année d'affilée, un phénomène inédit attribué par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) aux répercussions économiques et géopolitiques des guerres en cours. Dans son dernier rapport, l'organisation basée à Paris souligne que ce déclin prolongé risque de compromettre la capacité de production future et d'accentuer la volatilité des marchés.
Une baisse continue malgré des prix élevés
Contrairement aux cycles précédents où des prix élevés stimulaient les dépenses d'exploration et de production, l'AIE observe que les compagnies pétrolières adoptent une prudence inédite. Les investissements en amont (upstream) – qui couvrent le forage et le développement de nouveaux gisements – devraient chuter pour la troisième année consécutive en 2026. Ce repli s'explique principalement par l'incertitude liée aux conflits armés, notamment la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, qui perturbent les chaînes d'approvisionnement et font grimper les coûts des projets.
Le « choc de guerre » comme facteur déterminant
L'AIE qualifie cette situation de « choc de guerre » (war shock). La hausse des coûts des matériaux, de la main-d'œuvre et du transport, couplée à des délais de livraison allongés, freine de nombreux projets. Par ailleurs, l'incertitude réglementaire et les pressions en faveur de la transition énergétique incitent les investisseurs à réduire leur exposition aux hydrocarbures. L'agence note que les dépenses mondiales d'investissement pétrolier pourraient tomber à leur plus bas niveau depuis plusieurs décennies en termes réels.
Des conséquences sur l'offre à moyen terme
Cette baisse persistante des investissements suscite des inquiétudes quant à l'adéquation future de l'offre. Alors que la demande mondiale de pétrole reste soutenue, notamment en Asie, le sous-investissement chronique pourrait créer un déficit d'offre dès la fin de la décennie, selon l'AIE. L'agence met en garde contre un possible resserrement du marché qui pousserait les prix à la hausse et amplifierait l'instabilité économique.
Un contexte de transition énergétique ambigu
L'AIE souligne le paradoxe d'une transition énergétique accélérée qui, bien que nécessaire, ne s'accompagne pas encore d'une baisse suffisante de la demande de pétrole pour justifier un tel désinvestissement. Les gouvernements et les entreprises se trouvent pris entre l'urgence climatique et la nécessité de sécuriser l'approvisionnement énergétique à court terme. L'agence appelle à une coordination accrue pour éviter des pénuries qui pourraient nuire à la reprise économique mondiale.