Une tentative de monétisation contestée

Téhéran cherche à officialiser et à monnayer son contrôle sur le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient auparavant un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux, en instaurant un droit de passage. Cette initiative viole les règles du droit maritime international, qui interdisent aux États de percevoir des taxes sur le transit dans les détroits utilisés pour la navigation internationale. Les analystes estiment qu’elle a peu de chances d’aboutir, mais elle inquiète profondément le secteur du transport maritime, ajoutant une incertitude supplémentaire pour les armateurs dont les navires et les équipages sont bloqués dans le golfe Persique depuis près de trois mois en raison du conflit.

L’opposition de l’Organisation maritime internationale

Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a clairement rejeté le projet. « Je n’envisage pas de discussions concernant des péages obligatoires, des choses qui vont au-delà de la liberté de navigation et du droit de passage inoffensif », a-t-il déclaré vendredi. Ses propos interviennent après la révélation que l’Iran et Oman, allié américain riverain du détroit, discutent d’un système de redevances. M. Dominguez, dont l’organisation est une agence des Nations unies chargée de réguler le transport maritime mondial, a souligné que de telles mesures ne seraient pas acceptables.

Des obstacles juridiques et financiers

Au-delà des questions juridiques, l’assurance constitue un obstacle majeur, selon Michelle Wiese Bockmann, analyste chez Windward. Les navires qui verseraient des paiements à l’Iran risqueraient de violer les sanctions américaines et européennes. Le département américain du Trésor a récemment averti les opérateurs de ne pas effectuer de versements à Téhéran. Aucune entreprise occidentale n’a publiquement déclaré avoir payé un droit de passage, et la plupart refusent ces transactions, malgré l’urgence de libérer leurs navires.

La position de Washington

Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi que les États-Unis ne toléreraient aucun système de péage dans le détroit. « Nous voulons la liberté de passage. Pas de péages. C’est une voie d’eau internationale », a-t-il affirmé depuis le Bureau ovale.

Les mesures unilatérales de l’Iran

Téhéran a néanmoins annoncé de nouvelles mesures pour renforcer son emprise. Lundi, l’Iran a créé une autorité de régulation baptisée « Persian Gulf Strait Authority » chargée de gérer les opérations et de percevoir des droits pouvant atteindre deux millions de dollars par navire. Samedi dernier, il a présenté le plan « Hormuz Safe », permettant aux compagnies de payer une couverture d’assurance en cryptomonnaie pour transiter sous sa protection. Par ailleurs, la marine du Corps des Gardiens de la révolution islamique a averti que la seule route sûre est un corridor désigné par l’Iran, et que tout écart expose à une attaque.

Extension des revendications

Mercredi, l’Iran a annoncé étendre considérablement la zone qu’il prétend contrôler, incluant une partie du golfe d’Oman, adjacent au détroit d’Ormuz.

Des arrangements bilatéraux

Plusieurs pays, dont l’Inde, l’Irak et le Pakistan, ont négocié des accords avec l’Iran pour faire passer leurs navires. Cependant, selon Windward, les principaux payeurs à l’Autorité du détroit d’Ormuz sont des propriétaires de navires de la « flotte fantôme » liés à la Chine et aux Émirats arabes unis.

Des implications économiques mondiales

Si la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz était remise en cause, cela créerait un précédent dangereux pour d’autres points de blocage. « Si l’on supprime ce principe dans le détroit d’Ormuz, où s’arrête-t-on ? Cela ouvre la voie à des négociations sur d’autres détroits en période de contestation », prévient Michelle Wiese Bockmann. Alors que 11 milliards de tonnes de marchandises transitent chaque année par voie maritime, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, la menace iranienne souligne les risques de dommages durables pour l’économie mondiale, même après la fin du conflit.