Plus de la moitié de la population mondiale se verrait attribuer un niveau de développement inexact par l’indice de développement humain (IDH) des Nations unies, selon une étude publiée dans la revue Nature Communications. Les chercheurs, issus de l’université Stanford et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), estiment que 58 % des habitants de la planète sont placés dans une catégorie de développement qui ne correspond pas à leur réalité locale.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont combiné des images satellitaires traitées par intelligence artificielle avec les données traditionnelles de l’IDH. Résultat : des écarts significatifs apparaissent entre les scores nationaux et ceux calculés à l’échelle des municipalités ou des quartiers.

Un exemple mexicain

La localité d’Arcelia, dans l’État de Guerrero – le deuxième plus pauvre du Mexique – illustre ce décalage. Les données officielles lui attribuent un score de 0,714, ce qui la classe dans la catégorie « développement élevé ». Mais l’analyse satellitaire abaisse cette note à 0,617, la faisant basculer dans le « développement moyen ». Pour les 33 000 habitants d’Arcelia, cette différence n’est pas anodine : elle change la réalité politique et l’accès aux ressources.

« Il n’y a pas eu de recensement au cours des dix dernières années dans environ la moitié des pays les plus pauvres du monde », a souligné Hannah Druckenmiller, co-autrice de l’étude, insistant sur la nécessité de disposer d’informations actualisées et précises pour que les politiques publiques répondent aux besoins quotidiens des populations.

Un indice conçu pour les pays, pas pour les territoires

L’IDH, créé en 1990 par le PNUD, devait pallier les insuffisances du produit intérieur brut (PIB) en intégrant le revenu national brut par habitant, la durée moyenne de scolarisation, la durée attendue de scolarisation et l’espérance de vie. « L’IDH examine les moyennes nationales et les combine pour obtenir un indicateur de bien-être allant de 0 à 1 », a expliqué Sabina Alkire, directrice de l’Initiative sur la pauvreté et le développement humain de l’université d’Oxford, qui n’a pas participé à l’étude.

Mais l’IDH n’a jamais été conçu pour distinguer les provinces ou les municipalités à l’intérieur d’un même pays. Or, les enquêtes de recensement sont rares, coûteuses et rapidement obsolètes dans une grande partie du monde en développement. Les données satellitaires pourraient, selon les chercheurs, compléter ces enquêtes.

Conséquences pour l’aide internationale

L’IDH ne se limite pas à un classement : il « peut déterminer l’allocation des ressources mondiales », rappellent les auteurs. Une erreur d’échelon signifie que l’aide peut ne pas parvenir aux personnes qui en ont le plus besoin.

Pour tester l’impact d’une meilleure granularité, les chercheurs ont simulé un programme d’aide visant les 10 % les plus pauvres du Mexique. En utilisant les données municipales plutôt que nationales, la précision de l’identification des bénéficiaires s’est améliorée de plus de 11 points de pourcentage.

« Ces résultats montrent qu’il est possible d’affiner considérablement notre compréhension de la pauvreté et du développement sans attendre des recensements coûteux », concluent les auteurs. L’étude ouvre la voie à une utilisation plus systématique de l’imagerie satellitaire et de l’intelligence artificielle pour guider les politiques de développement.