Plusieurs associations environnementales ont lancé un appel commun aux pouvoirs publics pour que soit abandonné le projet de ligne aérienne à très haute tension prévu en Camargue. Cette infrastructure, destinée à renforcer le réseau électrique régional, suscite une vive opposition de la part des défenseurs de la nature, qui dénoncent les conséquences désastreuses qu’elle pourrait avoir sur ce territoire fragile.
Un projet jugé incompatible avec la préservation du site
La Camargue, vaste delta du Rhône, abrite des écosystèmes rares, notamment des marais salants et des étangs fréquentés par des flamants roses et des centaines d’espèces d’oiseaux migrateurs. Les opposants au projet estiment que l’installation de pylônes et de câbles aériens porterait une atteinte irréversible à ce patrimoine naturel. « Cette ligne couperait en plein cœur un espace déjà fragilisé par les activités humaines et le changement climatique », soulignent-ils dans leur déclaration.
Les organisations signataires rappellent que la zone est classée en grande partie comme réserve naturelle et parc naturel régional, et qu’elle bénéficie de nombreuses protections réglementaires. Selon elles, le tracé retenu emprunterait des couloirs de migration essentiels et perturberait la quiétude des colonies d’oiseaux nicheurs. Aucune étude d’impact sérieuse n’aurait, à ce stade, démontré l’absence d’alternative moins dommageable, ajoutent-elles.
Un appel adressé directement au gouvernement
L’appel a été transmis aux ministères concernés, notamment celui de la Transition écologique et celui de l’Énergie. Les ONG demandent une réunion d’urgence avec les représentants de l’État pour réexaminer l’opportunité du projet à la lumière des engagements français en faveur de la biodiversité. Elles proposent que des solutions de renforcement du réseau soient étudiées, par exemple via un enfouissement partiel ou un tracé décalé, moins impactant.
Le projet de ligne à très haute tension est porté par le gestionnaire du réseau, qui justifie sa nécessité par l’augmentation des besoins en électricité et la sécurisation de l’approvisionnement dans le sud de la France. Mais pour les associations, ces arguments ne sauraient primer sur la sauvegarde d’un site d’exception. « On ne peut pas opposer transition énergétique et protection de la nature, elles doivent aller de pair », insistent-elles.
Une mobilisation qui s’amplifie
Cette prise de position intervient alors que plusieurs manifestations citoyennes ont déjà eu lieu ces dernières semaines aux Saintes-Maries-de-la-Mer et dans les communes alentour. Élus locaux et habitants expriment également leurs craintes quant à l’impact visuel et sonore de l’ouvrage. La pétition mise en ligne par les collectifs a recueilli plusieurs milliers de signatures.
Le gouvernement n’a pas encore officiellement répondu à cet appel. Les prochaines semaines pourraient être décisives, alors que les procédures d’autorisation environnementale sont en cours. Les ONG espèrent que l’État saura entendre la voix de la société civile et renoncer à ce qu’elles considèrent comme une erreur stratégique et écologique.
Un dossier suivi de près par les instances européennes
Par ailleurs, des parlementaires européens se sont saisis du dossier, interrogeant la Commission sur la compatibilité du projet avec les directives habitats et oiseaux de l’Union européenne. Si Bruxelles venait à émettre un avis négatif, cela contraindrait Paris à revoir sa copie. Une hypothèse que les opposants jugent crédible au vu de la sensibilité des milieux concernés.
En attendant, la mobilisation ne faiblit pas. Les associations appellent à un rassemblement devant la préfecture de région à Marseille dans les prochains jours pour maintenir la pression sur les décideurs. « Nous ne laisserons pas détruire ce joyau de la biodiversité française », concluent-elles.