L'émission Paroles de patrons, diffusée sur une chaîne d'information économique, a reçu Louis Margueritte. Député et entrepreneur, il est également cofondateur et président du directoire d'Europlasma, une entreprise spécialisée dans le traitement et le recyclage de déchets complexes. Il a livré son analyse des défis auxquels fait face l'industrie française.

Réindustrialisation et souveraineté

Louis Margueritte a d'abord insisté sur la nécessité de reconstruire une base industrielle solide en France. Selon lui, la souveraineté nationale passe par la capacité à produire sur le territoire des biens essentiels, en particulier dans les secteurs de l'énergie, de la santé et des technologies critiques. Il a estimé que la réindustrialisation ne doit pas être un retour en arrière, mais une modernisation de l'appareil productif.

Il a cité l'exemple de son entreprise, qui transforme des déchets en ressources (comme des combustibles solides de récupération ou de l'aluminium recyclé), pour illustrer comment l'économie circulaire peut créer de la valeur ajoutée tout en réduisant la dépendance aux importations de matières premières.

Dialogue social et compétitivité

L'invité a également abordé la question du dialogue social en France. Il a regretté une culture du conflit trop présente, qui freine selon lui les réformes nécessaires à la compétitivité. Il a plaidé pour un modèle où les partenaires sociaux (syndicats et patronat) négocient en amont des projets d'entreprise, plutôt que de s'opposer systématiquement. Il a salué l'exemple de certaines branches professionnelles où des accords majoritaires ont permis d'adapter le temps de travail ou les rémunérations aux contraintes du marché.

Transition écologique et fiscalité

Louis Margueritte s'est montré critique envers certaines mesures de la politique environnementale actuelle. Il a estimé que la fiscalité écologique doit être repensée pour ne pas pénaliser la production française par rapport à des concurrents étrangers moins vertueux. Il a défendu l'idée d'une taxe carbone aux frontières de l'Union européenne, déjà partiellement mise en œuvre, mais qu'il juge trop timide.

Il a aussi évoqué le rôle des aides publiques. Selon lui, les subventions massives aux énergies fossiles devraient être progressivement supprimées, et les fonds réorientés vers l'innovation industrielle propre. Il a précisé que son entreprise bénéficie de soutiens publics pour développer ses technologies de dépollution, mais que le système reste trop complexe et lent.

Europe et autonomie stratégique

À l'échelle européenne, l'entrepreneur a défendu une approche plus volontariste de l'autonomie stratégique. Il a appelé à un renforcement du budget européen dédié à la défense et à l'industrie, et à une harmonisation des règles fiscales et sociales pour éviter un dumping entre États membres. Il s'est déclaré favorable à une Europe qui protège ses frontières économiques, tout en restant ouverte aux échanges.

Propositions concrètes

Parmi les mesures qu'il a mises en avant, Louis Margueritte propose de créer un statut d'« entreprise stratégique » qui bénéficierait de facilités administratives et fiscales en échange d'engagements sur l'emploi et l'investissement en France. Il a aussi suggéré de lancer un grand emprunt national pour financer la modernisation des outils de production, sur le modèle des plans de relance post-Covid.

Enfin, il a évoqué la nécessité d'une meilleure orientation des jeunes vers les métiers techniques et industriels. Il a regretté que trop d'élèves soient dirigés vers des filières générales, alors que l'industrie a besoin de compétences pointues (chaudronnerie, maintenance, robotique). Il a proposé de multiplier les campus dédiés aux métiers de l'industrie, en partenariat avec les entreprises.