Plus de la moitié des installations gazières du sud de la France laissent échapper du méthane dans l'atmosphère, selon une enquête menée par les Amis de la Terre et la Clean Air Task Force (CATF). Publié mercredi 27 mai, le rapport dresse un constat alarmant sur cette pollution invisible.

Sur les 57 sites inspectés, 65 % présentaient des émissions de méthane, soit 37 sites. Au total, les équipes mobilisées, équipées d'une caméra infrarouge spécialisée, ont détecté 74 fuites distinctes. Trois quarts de ces fuites étaient involontaires et liées à des défauts d'étanchéité ou à des équipements défaillants. Seul un tiers d'entre elles avait déjà été repéré par les exploitants du réseau.

Un gaz au potentiel réchauffant redoutable

Le méthane (CH₄) est un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Sur une période de vingt ans, son pouvoir réchauffant est plus de 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO₂). Les fuites massives sur le réseau gazier constituent donc un enjeu climatique de premier ordre, alors que les engagements internationaux, notamment via l'engagement mondial sur le méthane, appellent à une réduction drastique de ces émissions.

Pour les deux associations, ces fuites représentent « un scandale climatique, sanitaire et économique ». Elles insistent sur l'urgence de réduire ces pertes pour limiter l'impact climatique du gaz à court terme.

Un gaspillage énergétique et économique colossal

Au-delà de l'impact climatique, les fuites de méthane génèrent un gaspillage énergétique considérable. Selon les calculs des Amis de la Terre et de la CATF, ce sont chaque année 4 térawattheures de gaz qui sont perdus sur le réseau français à cause de ces fuites. Ce volume équivaut à la consommation de gaz des villes de Marseille et d'Amiens réunies. La valeur marchande de ce gaz perdu est estimée à 225 millions d'euros.

Les associations soulignent que ce chiffre ne tient compte que des fuites sur le réseau de transport et de distribution, et non des émissions liées à la production ou à la consommation finale. Le bilan total des émissions de méthane du secteur gazier français pourrait donc être encore plus élevé.

Des fuites souvent ignorées par les exploitants

L'enquête révèle également un défaut de détection de la part des gestionnaires du réseau. Sur les 74 fuites identifiées, seulement un tiers avait été préalablement signalé par les exploitants. Cela suggère que les procédures de surveillance et de maintenance ne sont pas suffisamment efficaces pour repérer et colmater les fuites, pourtant souvent visibles avec un équipement adapté.

Les associations appellent les pouvoirs publics et les opérateurs gaziers à prendre des mesures immédiates pour contrôler et réparer ces fuites. Elles recommandent notamment l'installation systématique de détecteurs, la mise en place de campagnes de maintenance plus fréquentes et la généralisation des technologies de détection infrarouge.

Contexte réglementaire et enjeux climatiques

Cette enquête intervient alors que la réglementation européenne sur le méthane se renforce. Un règlement européen, adopté en 2024, impose aux États membres de détecter et de réparer les fuites de méthane sur les infrastructures pétrolières et gazières, avec des contrôles périodiques obligatoires. La France, qui s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, pourrait être mise en demeure de respecter ces obligations.

Au niveau mondial, la lutte contre les fuites de méthane est considérée comme l'un des leviers les plus rapides et les moins coûteux pour freiner le réchauffement climatique à court terme. Des initiatives comme l'Engagement mondial pour le méthane (Global Methane Pledge) visent à réduire les émissions de 30 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020.

Les résultats de cette enquête montrent que le chemin est encore long pour atteindre ces objectifs, du moins en France, où le gaz naturel représente encore une part significative du mix énergétique, notamment pour le chauffage et certaines industries.