Un malus français hors norme

En France, le malus écologique, qui repose sur les émissions de CO₂ mesurées selon le protocole WLTP, peut atteindre des sommets inégalés sur le continent. Selon le barème en vigueur pour 2026, tout véhicule émettant plus de 191 grammes de CO₂ par kilomètre est frappé d’une pénalité maximale de 80 000 euros. Ce plafond a été multiplié par 31 depuis la mise en place du dispositif en 2018, où il n’était que de 2 600 euros. En dessous de 108 g/km, le malus ne s’applique pas ; entre ces deux seuils, la taxe croît progressivement.

Cette mesure vise à inciter les automobilistes à choisir des véhicules moins polluants, mais son ampleur contraste fortement avec les pratiques des pays voisins, comme le montre une étude réalisée par le comparateur Caroom.

Des disparités importantes entre pays européens

L’étude a comparé le montant du malus pour plusieurs modèles vendus dans quatre pays : France, Italie, Espagne et Allemagne. Les écarts sont vertigineux. Pour une Volkswagen Golf GTI 265 essence, le malus s’élève à 11 112 euros en France, contre 1 944 euros en Italie, 4 119 euros en Espagne, et zéro en Allemagne. Sur une BMW X5 xDrive 30d diesel, le malus français atteint le plafond de 80 000 euros, alors qu’il n’est que de 2 077 euros en Italie et 7 503 euros en Espagne ; là encore, l’Allemagne n’applique aucune pénalité.

Même les véhicules hybrides rechargeables ne sont pas épargnés. Pour un Peugeot 5008 PHEV 225, la France impose un malus de 6 100 euros (notamment dû au malus au poids), l’Italie 354 euros, tandis que l’Allemagne et l’Espagne ne taxent pas ce modèle. Enfin, sur une Ford Mustang V8 essence, le malus français est de 80 000 euros, contre 3 952 euros en Italie et 7 350 euros en Espagne.

Des systèmes différents, des résultats contrastés

L’Allemagne se distingue par l’absence totale de malus écologique à l’achat. Pourtant, selon l’étude, le pays a enregistré une baisse de ses émissions moyennes de CO₂ de 29 % en près de vingt ans, ce qui relativise l’efficacité dissuasive d’une taxe aussi élevée qu’en France.

En Italie, le malus est plafonné à 2 500 euros, auquel peut s’ajouter une taxe d’immatriculation. En Espagne, la taxe varie entre 4,75 % et 14,75 % du prix hors taxes pour les véhicules dépassant 120 g/km. Ces montants restent donc très inférieurs aux sommes réclamées en France.

Un malus irréversible et parfois supérieur au prix du véhicule

L’étude soulève également un écueil propre au système français : le malus est définitif et non remboursable, même en cas de vol du véhicule. Dans certains cas, la pénalité peut même dépasser la valeur de la voiture elle-même, ce qui interroge sur la proportionnalité du dispositif.

Si le malus moyen par véhicule a dépassé pour la première fois la barre des 1 000 euros en 2025, les professionnels du secteur estiment que la baisse des prix des véhicules électriques et le déploiement des bornes de recharge constituent des leviers plus efficaces que la seule taxation pour accélérer la transition écologique.