Un diplomate à l'ancrage cubain

Marco Rubio, actuel secrétaire d'État des États-Unis, s'impose comme l'un des artisans les plus déterminés du renforcement de l'embargo économique imposé à Cuba. Fils d'immigrés cubains arrivés aux États-Unis en 1956, avant la révolution castriste, il a grandi dans une famille profondément marquée par l'exil et hostile au régime de La Havane. Cette histoire personnelle nourrit depuis toujours son engagement politique.

Élu sénateur de Floride, un État comptant une forte diaspora cubaine, il a fait de la lutte contre le gouvernement cubain l'un de ses chevaux de bataille. Dès 2014, alors que l'administration Obama amorçait un rapprochement historique avec Cuba, Marco Rubio s'y était fermement opposé. Il dénonçait alors un "geste dangereux" qui, selon lui, ne ferait que renforcer un régime autoritaire.

Le retour à la ligne dure

Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, la politique étrangère américaine a opéré un virage à 180 degrés. Marco Rubio, nommé secrétaire d'État, a immédiatement été chargé de mettre en œuvre une stratégie de "pression maximale" sur Cuba. Les mesures annoncées depuis janvier 2025 sont les plus restrictives depuis le début de l'embargo en 1962.

Parmi les décisions phares figure le rétablissement de la liste des "entités restreintes", qui interdit aux entreprises américaines de commercer avec des sociétés cubaines liées à l'armée ou aux services de sécurité. S'ajoute une stricte limitation des transferts de fonds (remesas) vers l'île, plafonnés à 1 000 dollars par trimestre et par famille. Le tourisme, déjà contingenté, est désormais soumis à des contrôles renforcés. Les vols charters directs entre les États-Unis et Cuba ont été suspendus, ne laissant que les vols réguliers via des hubs comme Miami ou New York.

Ces mesures ont un effet dévastateur sur l'économie cubaine, déjà exsangue. Selon des données économiques récentes, l'inflation dépasse 70 % sur l'île, les pénuries de médicaments et de nourriture s'aggravent, et les coupures d'électricité sont quotidiennes. Le gouvernement cubain, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Bruno Rodríguez, a dénoncé ces "sanctions criminelles" et accusé Washington de vouloir "asphyxier le peuple cubain pour provoquer un soulèvement".

Un acteur contesté

L'action de Marco Rubio ne fait pas l'unanimité aux États-Unis. Plusieurs élus démocrates, dont la sénatrice Elizabeth Warren, ont critiqué une politique qu'ils jugent "inhumaine" et contre-productive. Ils soulignent que les sanctions frappent d'abord la population civile, sans parvenir à affaiblir le pouvoir en place. L'ancien diplomate William LeoGrande, spécialiste de l'Amérique latine, a même estimé que cette approche "isole les États-Unis plutôt que Cuba".

Au sein même de l'administration Trump, des voix discordantes se font entendre. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent aurait exprimé des réserves sur certaines mesures, jugeant leur impact économique disproportionné. Mais Marco Rubio, fort de son influence et de sa proximité avec le président, a jusqu'à présent imposé sa ligne.

Quelles perspectives ?

Le débat sur l'embargo cubain n'est pas nouveau. Depuis des décennies, la communauté internationale, par des résolutions annuelles à l'Assemblée générale des Nations unies, condamne massivement le blocus. La dernière résolution, en octobre 2024, avait recueilli 187 voix pour, 2 contre (États-Unis et Israël) et 1 abstention. Mais les résolutions onusiennes n'ont pas de caractère contraignant.

Pour l'heure, la position de Marco Rubio ne faiblit pas. Interrogé par des journalistes à Miami le 15 mai dernier, il a réaffirmé que les États-Unis "ne lèveront aucune sanction tant que Cuba ne tiendra pas un référendum libre et supervisé internationalement". Une condition jugée irréaliste par les observateurs, compte tenu du contrôle du régime.

Pendant ce temps, les Cubains continuent de subir les conséquences de cette guerre économique. Les files d'attente pour le pain, l'huile ou le lait s'allongent chaque jour. Et la diaspora cubaine, elle, reste divisée : si une partie applaudit la fermeté, d'autres dénoncent une politique qui punit leur famille restée sur l'île.