L'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) et ancien chef du gouvernement italien Mario Draghi a reçu le prestigieux prix Charlemagne lors d'une cérémonie organisée à Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Cette distinction récompense chaque année une personnalité ayant contribué de manière exceptionnelle à l'unité européenne.

Un hommage du chancelier allemand

Le chancelier allemand Friedrich Merz, qui prononçait le discours d'honneur, a salué l'action de Draghi au moment où la zone euro traversait une tempête financière. « Vous avez pris la tête de l'euro en période de crise, et vous avez stabilisé l'euro et la zone euro », a déclaré Merz. Il a également souligné l'importance du rapport Draghi sur l'avenir de la compétitivité européenne, publié en 2024, que le chancelier a qualifié d'« analyse sans concession » montrant « la voie vers la réforme ». Dans une touche plus légère, Merz a rappelé le surnom donné à Draghi par ses amis : « Super Mario ».

Un parcours au service de l'économie mondiale

Mario Draghi n'a pas passé toute sa carrière dans les institutions européennes. Après avoir enseigné l'économie en Italie, il a travaillé à la Banque mondiale puis chez Goldman Sachs. Il a également siégé au conseil d'administration de plusieurs banques et entreprises italiennes.

En 2006, il est nommé gouverneur de la Banque d'Italie, poste qu'il occupe lorsque la crise des prêts hypothécaires à risque éclate aux États-Unis. La faillite de Lehman Brothers en 2008 plonge l'économie mondiale dans le chaos, et la crise financière se transforme bientôt en crise de la dette souveraine en Europe.

« Whatever it takes » : le tournant de la crise de l'euro

Draghi est choisi pour diriger la BCE en 2011, en plein cœur de la tourmente. La Grèce et plusieurs autres pays de la zone euro subissent des plans d'austérité et des renflouements. Face aux doutes sur la survie de la monnaie unique, Draghi prononce une phrase devenue célèbre : la BCE fera « tout ce qu'il faut » (whatever it takes) pour sauver l'euro. Cette déclaration est considérée comme un tournant décisif.

En 2015, sous sa direction, la BCE lance un vaste programme de rachat d'obligations, appelé assouplissement quantitatif, destiné à injecter des liquidités dans l'économie pour lutter contre la faible inflation et la croissance atone. Ces mesures ont néanmoins été critiquées pour avoir maintenu les taux d'intérêt trop bas trop longtemps et pour avoir élargi le mandat de la banque centrale, réduisant ainsi l'incitation des gouvernements à mener des réformes structurelles.

Francesco Papadia, senior fellow au sein du think tank bruxellois Bruegel et ancien haut responsable à la Banque d'Italie et à la BCE, estime que « même si toutes les décisions de Draghi n'ont pas été, rétrospectivement, couronnées de succès, le bilan global est très positif ». Selon lui, l'Europe « a eu de la chance de l'avoir à la tête de la BCE pendant une période très difficile ».

Retour en Italie et nouveau rapport

Après avoir quitté la BCE en 2019, Draghi est rappelé en Italie pour faire face à une double crise : celle de la pandémie de Covid-19 et une crise politique. Il forme un gouvernement et occupe le poste de président du Conseil pendant vingt mois, de 2021 à 2022, avant de perdre le soutien du Parlement et de remettre sa démission à Giorgia Meloni.

Pour beaucoup, ce mandat aurait pu marquer la fin d'une longue carrière. Mais Draghi n'en avait pas terminé. Son rapport sur la compétitivité européenne, commandé par la Commission européenne, a été présenté en 2024 et a immédiatement suscité un vaste débat. Il y préconise des investissements massifs et des réformes profondes pour que l'Union européenne puisse rester compétitive face aux États-Unis et à la Chine, tout en maintenant ses objectifs climatiques et sociaux.

Un symbole de l'engagement européen

Le prix Charlemagne, décerné chaque année depuis 1950, a déjà récompensé des figures telles que Winston Churchill, Robert Schuman, Jean Monnet, Helmut Kohl ou encore Angela Merkel. En honorant Mario Draghi, le jury salue non seulement son action passée pour stabiliser la monnaie unique, mais aussi sa contribution actuelle à la réflexion stratégique sur l'avenir du continent européen.