Le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, a révélé avoir reçu, ainsi que plusieurs de ses collègues, des lettres d'intimidation. Cette déclaration a été faite alors qu'il était interrogé aux côtés de Jean-Marc Jancovici, spécialiste du climat et fondateur du Shift Project, sur les difficultés rencontrées dans l'exercice de leur profession.
Sans entrer dans le détail du contenu de ces courriers ni de leur provenance, Christophe Cassou a souligné que ces intimidations ne visaient pas seulement sa personne, mais un collectif de scientifiques. Il a ainsi mis en lumière un climat de travail de plus en plus hostile pour les chercheurs en climatologie, confrontés à des contestations, des attaques personnelles et, désormais, à des menaces écrites.
Un contexte de tensions croissantes
Ces révélations interviennent dans un contexte où les climatologues sont régulièrement la cible de critiques virulentes, voire de harcèlement, de la part de groupes climatosceptiques ou de citoyens remettant en cause les conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). La diffusion massive de désinformation sur les réseaux sociaux et dans certains médias contribue à un sentiment de défiance envers la parole scientifique.
Christophe Cassou, figure reconnue de la climatologie française, avait déjà, par le passé, fait part de son épuisement face à l'ampleur du déni climatique et à la lenteur des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Son témoignage sur les lettres d'intimidation confirme une tendance plus large documentée par plusieurs enquêtes : les scientifiques qui communiquent publiquement sur le changement climatique sont de plus en plus exposés à des menaces et à des pressions psychologiques.
Jean-Marc Jancovici, également invité, a complété ce constat en évoquant la difficulté de faire entendre un message scientifique dans une société où l'immédiateté et les émotions prennent souvent le pas sur les faits établis.
Un phénomène qui interroge sur la protection des chercheurs
Ces intimidations posent la question de la protection des chercheurs et de leur liberté académique. Si les scientifiques bénéficient en théorie d'une garantie d'exercice de leur mission, les attaques personnelles, qu'elles soient verbales ou écrites, peuvent avoir un effet dissuasif sur la prise de parole publique.
Pour l'heure, aucune information n'a filtré sur un éventuel dépôt de plainte ou sur l'ouverture d'une enquête à la suite de ces lettres. Christophe Cassou n'a pas précisé si les auteurs de ces courriers étaient identifiés ou si les autorités compétentes avaient été saisies.
Ce témoignage intervient alors que la France s'apprête à accueillir le prochain sommet sur le climat, et que les experts du GIEC continuent d'alerter sur l'urgence d'agir face au dérèglement climatique. Il rappelle que, derrière les rapports et les prévisions, ce sont des hommes et des femmes qui portent ces messages, parfois au péril de leur sécurité.