Meta a entamé mercredi le licenciement de 8 000 employés, soit environ 10 % de ses effectifs, officialisant une annonce faite en avril. Les premières notifications ont été envoyées à 4 heures du matin heure locale à Singapour, avant de se poursuivre au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans d'autres fuseaux horaires. Cette décision s'inscrit dans la volonté de Mark Zuckerberg, le directeur général, de faire de Meta une entreprise « prioritairement dédiée à l'intelligence artificielle », selon une note interne adressée aux salariés.

Un climat de tension avant les annonces Depuis plusieurs semaines, les employés vivaient dans l'incertitude. En avril, la direction avait prévenu que 8 000 postes seraient supprimés le 20 mai. La veille des licenciements, lundi, Meta avait annoncé que 7 000 salariés supplémentaires seraient réaffectés à de nouvelles initiatives liées à l'IA. Mercredi, les bureaux étaient quasiment vides : Janelle Gale, la responsable des ressources humaines, avait invité le personnel à travailler depuis chez eux. Dans les locaux, des flyers appelaient à signer une pétition contre le nouveau programme de suivi des données des employés destiné à l'entraînement de modèles d'IA. Certains salariés, redoutant de perdre leur emploi, avaient fait des réserves de snacks et de chargeurs d'ordinateur dès lundi, ont rapporté huit employés sous couvert d'anonymat.

Des réactions contrastées Sur les forums internes de Meta, des centaines d'employés ont réagi aux licenciements en postant des émojis salade (« salut »). Au moins une personne embauchée il y a moins d'un mois a été licenciée, selon deux sources proches des coupes. Avant les suppressions, plusieurs centaines de salariés de New York s'étaient réunis mardi soir pour un verre dont l'invitation, vue par la rédaction, titrait : « Jamais un moment d'ennui 🫡 ». Le thème était « commémorer ou célébrer, au choix ».

Mack Ward, ingénieur logiciel chez Meta, avait publié ce mois-ci un message interne encourageant la signature de la pétition, apprécié par plus de 2 000 personnes. « L'IA est un train en marche, mais l'avenir n'est pas écrit d'avance. Il n'est pas trop tard pour freiner et réfléchir à la manière dont nous, la société, voulons aborder cela », écrivait-il.

Une transformation coûteuse et contestée Mark Zuckerberg a été explicite sur sa volonté de parier sur l'IA. Il a déclaré vouloir créer une « superintelligence », une IA avancée capable de servir d'assistant personnel ultime. Le mois dernier, Meta a annoncé qu'elle dépenserait entre 125 et 145 milliards de dollars cette année – plus du double du budget de 2025 –, en grande partie pour l'IA. Pourtant, la transformation de réseau social en entreprise centrée sur l'IA suscite colère et anxiété parmi les 78 000 employés, selon 13 anciens et actuels salariés interrogés. Le mécontentement est d'autant plus vif que Meta a enregistré des revenus records le mois dernier, ce qui amène certains à s'interroger sur la nécessité de ces coupes.

Dans une note adressée mercredi matin, Mark Zuckerberg a remercié les salariés licenciés pour leur travail et s'est dit optimiste quant aux efforts de l'entreprise en matière d'IA. Il a ajouté que d'autres licenciements à l'échelle de l'entreprise n'étaient pas prévus cette année. « Le succès n'est pas acquis. L'IA est la technologie la plus importante de notre époque. Les entreprises qui mèneront la danse définiront la prochaine génération », a-t-il écrit.

Un phénomène sectoriel Les difficultés de Meta ne sont pas isolées. La semaine dernière, l'équipementier réseau Cisco a annoncé la suppression de 4 000 postes au profit de l'IA. Microsoft, Block (ex-Square) et Coinbase ont également récemment procédé à des licenciements ou à des départs volontaires liés à cette technologie. Les suppressions d'emplois au nom de l'IA s'accélèrent dans toute la tech, et les travailleurs prennent conscience qu'ils contribuent eux-mêmes à créer leurs propres remplaçants automatisés.

Pétition et résistance interne Plus de 1 000 employés avaient signé la pétition contre le suivi des données par l'IA avant les licenciements. D'autres se sont mobilisés autour de publications internes critiquant la direction. Mais alors que Mark Zuckerberg poursuit sa stratégie, les salariés s'interrogent sur les moyens de peser sur le cours des événements. La pétition, visible dans les bureaux de New York et de Burlingame (Silicon Valley), dénonce l'utilisation des données personnelles des employés pour former des modèles d'IA.

Conclusion Meta achève ainsi une nouvelle étape de sa mutation vers l'IA, marquée par des tensions sociales et des interrogations sur le sens du travail à l'ère de l'automatisation. Si Mark Zuckerberg promet que le pire est passé pour 2026, la vague de licenciements dans la tech liée à l'IA ne semble pas prête de s'apaiser.