Identification automatisée des mineurs

Meta, la maison mère d’Instagram et de Facebook, a annoncé son intention de recourir à l’intelligence artificielle pour repérer et supprimer les profils d’utilisateurs âgés de moins de 13 ans. Treize ans constitue l’âge minimum requis pour s’inscrire sur ces réseaux sociaux. Dans un communiqué publié début mai, l’entreprise a déclaré vouloir offrir aux jeunes des « expériences en ligne sûres et positives » et chercher en permanence à identifier les comptes créés avec une fausse date de naissance.

Le système, baptisé « Meta AI », analysera l’intégralité des profils à la recherche d’indices contextuels : mentions d’anniversaires, références à des niveaux scolaires, publications, commentaires, biographies et légendes de photos. L’objectif est de déterminer si un compte est vraisemblablement tenu par un enfant de moins de 13 ans.

Critères biométriques et débats éthiques

Au-delà des indices textuels, l’IA de Meta intégrera également une évaluation de facteurs physiques tels que la taille et la structure osseuse des personnes apparaissant sur les images. Cette approche est jugée « invasive » par plusieurs experts.

Nina Kolleck, professeure de théorie éducative et de socialisation à l’université de Potsdam et autrice d’un ouvrage sur les adolescents et les réseaux sociaux, a souligné que Meta devrait constituer « des profils de données (fondés sur l’âge) très complets » avant de pouvoir identifier efficacement les utilisateurs trop jeunes. « Les IA doivent apprendre à partir de données qui leur permettent de tirer des conclusions sur l’âge et le comportement », a-t-elle précisé.

Un porte-parole de Meta a indiqué que l’entreprise n’utilise pas actuellement de données provenant d’enfants de moins de 13 ans pour entraîner son IA. Toutefois, Andy Przybylski, professeur de comportement humain et de technologie à l’université d’Oxford, a averti que « c’est une idée très répandue et très erronée de croire qu’en collectant et en traitant de manière invasive les données, les visages et les comportements des jeunes, nous pouvons les protéger. » Selon lui, cette approche revient surtout à « créer des cibles publicitaires vérifiées ».

Contexte réglementaire en Europe

Cette annonce de Meta intervient quelques jours après que la Commission européenne a publié des conclusions préliminaires selon lesquelles Meta aurait « échoué à empêcher les mineurs de moins de 13 ans d’utiliser Instagram et Facebook » au sein de l’Union européenne. Le déploiement de l’IA d’âge s’inscrit dans un effort de mise en conformité avec les exigences européennes.

Débats internationaux sur l’âge minimal

La mesure de Meta s’inscrit dans un débat plus large concernant l’accès des adolescents aux réseaux sociaux. L’Australie et l’Indonésie ont récemment adopté des lois interdisant aux moins de 16 ans l’accès aux plateformes de Meta ainsi qu’à d’autres réseaux comme TikTok. En Allemagne, des responsables politiques évoquent également la possibilité d’introduire une restriction similaire.

Des discussions sont en cours dans plusieurs pays européens pour fixer un âge minimal d’accès aux réseaux sociaux, tandis que les plateformes sont confrontées à la fois à des pressions réglementaires et à des critiques sur leurs méthodes de vérification de l’âge.

Conclusion

En utilisant l’intelligence artificielle pour analyser les profils, les publications et même la morphologie des utilisateurs, Meta cherche à renforcer le respect de l’âge minimum légal sur ses services. Si l’entreprise présente cette initiative comme une mesure de protection des enfants, elle suscite des interrogations éthiques quant à la collecte massive de données personnelles et à ses véritables finalités, dans un contexte où les législateurs du monde entier durcissent les règles d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.