L’industrie des semi-conducteurs vit une recomposition de ses équilibres historiques. Alors que les fabricants de puces logiques et de processeurs graphiques trustent déjà les plus hautes valorisations boursières, les producteurs de mémoires pourraient bientôt les rejoindre. Selon une analyse récente, les groupes Micron Technology et SK Hynix sont aujourd’hui les deux entreprises de ce secteur les mieux placées pour franchir le cap symbolique du trillion de dollars de capitalisation boursière.
Un cercle encore très restreint
Le « club des mille milliards », qui ne compte pour l’heure qu’une poignée de membres – parmi lesquels Nvidia, Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta, TSMC et, de façon plus intermittente, Broadcom et Tesla –, pourrait ainsi s’élargir à des acteurs longtemps considérés comme trop cycliques ou trop dépendants des fluctuations de l’économie mondiale. Les puces mémoire, utilisées dans les serveurs, les smartphones et les ordinateurs, ont en effet souffert par le passé de phases de surabondance et de chute des prix.
L’intelligence artificielle, moteur d’une nouvelle dynamique
L’essor de l’intelligence artificielle générative change la donne. Les modèles d’IA nécessitent des capacités de mémoire toujours plus grandes et plus rapides, notamment sous la forme de HBM (High Bandwidth Memory). SK Hynix, déjà partenaire clé de Nvidia pour la fourniture de HBM, et Micron, qui a récemment lancé sa propre gamme concurrente, bénéficient directement de cette demande exponentielle. Les investissements colossaux des géants du cloud dans les centres de données renforcent encore cette tendance.
Des valorisations encore loin du seuil
Micron et SK Hynix restent toutefois loin du niveau requis. À ce jour, leur capitalisation boursière se situe respectivement entre 100 et 200 milliards de dollars, selon les fluctuations des marchés. Atteindre le trillion nécessiterait une multiplication par cinq à dix, ce qui suppose une croissance soutenue et durable de leurs revenus, une discipline dans les dépenses d’investissement et une confiance des investisseurs maintenue sur le long terme.
Un pari sur la transformation du secteur
Pour les analystes, l’hypothèse n’est pas irréaliste si l’on considère la trajectoire de Nvidia, passée de 300 milliards à plus de 2 000 milliards en moins de deux ans grâce à l’IA. Le marché semble prêt à réévaluer les fabricants de mémoire comme des acteurs technologiques de premier plan plutôt que comme de simples fournisseurs de commodités. Les annonces récentes de SK Hynix concernant ses usines et les prévisions de chiffre d’affaires de Micron alimentent ce récit.
Risques et incertitudes
Plusieurs obstacles demeurent. La cyclicité des prix de la mémoire n’a pas disparu : un ralentissement de la demande d’IA ou un retour à une offre excédentaire pourraient rapidement faire retomber les valorisations. Par ailleurs, la concurrence chinoise et les restrictions commerciales américaines à l’égard de certains composants ajoutent une couche d’incertitude géopolitique. Enfin, les deux entreprises doivent prouver leur capacité à maintenir des marges élevées dans un environnement de concurrence intense.
Si la route vers le club des mille milliards est encore longue, l’appétit du marché pour tout ce qui touche à l’intelligence artificielle pourrait bien accélérer le parcours de Micron et SK Hynix, et redessiner la hiérarchie de l’industrie des semi-conducteurs.