Il y a exactement 80 ans, le 21 février 1944, 22 résistants du groupe Manouchian étaient fusillés par les nazis au fort du Mont-Valérien. Parmi eux se trouvait leur chef, Missak Manouchian, un poète et ouvrier arménien de 38 ans. Une vingt-troisième membre, Olga Bancic, militante communiste juive d'origine roumaine, sera décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart. Leurs dernières lettres, écrites dans la nuit précédant leur exécution, constituent aujourd'hui un témoignage poignant de leur courage et de leur lucidité.

Un groupe de combattants venus d'ailleurs

Le groupe Manouchian était une unité de résistants étrangers — Arméniens, Polonais, Italiens, Espagnols, Hongrois, Roumains —, pour la plupart des immigrés juifs et des militants communistes. Ils agissaient sous la direction des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI). Leur action était particulièrement redoutée par l'occupant allemand : ils avaient mené des dizaines d'attaques, de sabotages et de déraillements de trains. Le journal collaborationniste Le Matin rapportait ainsi le 21 février 1944 qu'un dérailleur du groupe avait « avoué avoir participé à quatorze attentats ».

Le procès et l'affiche rouge

Les 23 membres du groupe furent arrêtés à l'automne 1943, jugés par un tribunal militaire allemand et condamnés à mort. Le 19 février 1944, Le Matin titrait : « 24 terroristes jugés par le tribunal militaire allemand ». La propagande nazie exploita leur procès en diffusant par millions la célèbre « Affiche rouge », qui présentait leurs visages avec des légendes destinées à les faire passer pour des criminels étrangers. Cette affiche devint après guerre un symbole de la résistance immigrée.

Des dernières lettres poignantes

Les lettres d'adieu des 23 fusillés et décapités ont été conservées. Missak Manouchian écrivit à sa femme Mélinée une lettre bouleversante : « Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement. » Georges Cloarec, Rino Della Negra, Tomas Elek, Maurice Fingerczwajg, Spartaco Fontano, Imre Glasz, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Cesare Luccarini, Marcel Rayman, Roger Rouxel, Willy Szapiro et Robert Wichitz laissèrent également des lettres de courage et de dignité. Olga Bancic, la seule femme du groupe, écrivit une lettre à sa fille de trois ans.

L'entrée au Panthéon

Ces dernières années, la mémoire du groupe Manouchian a connu une reconnaissance officielle et populaire. En février 2024, les dépouilles de Missak Manouchian et de sa femme Mélinée ont été transférées au Panthéon, accompagnées d'une plaque honorant les 23 camarades fusillés. Cet hommage national a marqué une réparation historique pour ces résistants longtemps oubliés parce qu'immigrés et communistes. Le président de la République a salué « l'engagement de ces étrangers qui ont choisi la France, sa liberté et ses valeurs ».

80 ans après : une mémoire vivante

Ce 21 février 2024, des cérémonies commémoratives ont eu lieu au Mont-Valérien et à Paris, rassemblant des familles, des associations mémorielles et des élus. L'historien Denis Peschanski, spécialiste de la Résistance, rappelle que le groupe Manouchian incarne « la diversité de la Résistance française, trop souvent réduite à un visage de Français de souche ». Les noms des 23 sont désormais inscrits dans la mémoire nationale, et l'Affiche rouge, symbole de propagande retournée, est devenue une icône de la lutte contre l'oubli.

Liste des 23 exécutés Outre Missak Manouchian et Olga Bancic, le groupe était composé de : Georges Cloarec, Rino Della Negra, Tomas Elek, Maurice Fingerczwajg, Spartaco Fontano, Imre Glasz, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Cesare Luccarini, Marcel Rayman, Roger Rouxel, Willy Szapiro et Robert Wichitz.